À compter du 1ᵉʳ mai, les taxes douanières disparaîtront pour les produits provenant de 53 pays africains exportés vers la Chine. Cette décision marque une nouvelle étape dans le rapprochement économique entre Pékin et le continent africain, un an après l’engagement du président chinois Xi Jinping de promouvoir un partenariat fondé sur un « développement partagé ». Concrètement, cette mesure devrait permettre à des milliers de produits africains d’accéder plus facilement au marché chinois, le deuxième plus grand marché de consommation au monde avec plus de 1,4 milliard d’habitants.
La Chine est déjà le premier partenaire commercial de l’Afrique depuis quinze années consécutives. En 2025, les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique ont dépassé les 280 milliards de dollars, contre à peine 10 milliards au début des années 2000. Les exportations africaines vers la Chine restent dominées par le pétrole, les minerais et certaines matières premières stratégiques comme le cobalt de République démocratique du Congo ou le lithium utilisé dans les batteries électriques. Pékin espère désormais augmenter la part des produits agricoles et manufacturés africains dans ces échanges.
Cette suppression des barrières douanières s’inscrit également dans une stratégie d’influence plus large. Depuis le lancement des « Nouvelles Routes de la Soie », la Chine a investi des dizaines de milliards de dollars dans les infrastructures africaines : ports au Kenya et en Tanzanie, lignes ferroviaires en Éthiopie, zones industrielles en Égypte ou encore projets énergétiques au Nigeria et en Angola. Selon plusieurs estimations internationales, les investissements et financements chinois cumulés en Afrique dépasseraient aujourd’hui les 150 milliards de dollars.
Mais derrière ces chiffres impressionnants, les déséquilibres persistent. L’Afrique exporte encore majoritairement des produits bruts vers la Chine tandis qu’elle importe des produits transformés à forte valeur ajoutée. Environ 70 % des exportations africaines vers Pékin restent liées aux ressources naturelles. Plusieurs économistes estiment que sans industrialisation massive, cette ouverture douanière risque surtout de renforcer la dépendance du continent aux matières premières, sans véritable transformation structurelle des économies africaines.
Dans un monde marqué par les tensions entre les États-Unis et la Chine, Pékin cherche plus que jamais à consolider ses alliances dans le Sud global. L’Afrique, avec ses 1,5 milliard d’habitants et ses immenses réserves stratégiques, apparaît comme un partenaire incontournable dans cette bataille d’influence économique mondiale. Pour les pays africains, l’enjeu sera désormais de transformer cette ouverture commerciale en véritable moteur de développement, de création d’emplois et de montée en puissance industrielle.