Devant le siège du Conseil électoral provisoire à Port-au-Prince, les scènes se succèdent et se ressemblent : délégations de partis, slogans scandés et parfois même fanfares. Après dix années sans élections générales, la perspective d’un retour aux urnes attire une foule de formations politiques. Au total, 280 partis se sont inscrits pour participer au scrutin annoncé, un chiffre inédit dans l’histoire politique récente du pays, même si tous ne seront pas autorisés à concourir.
Pour certains mouvements, cette inscription est vécue comme un moment symbolique. Le collectif CAHDOA, créé il y a seulement un an, est arrivé au conseil électoral au son des vuvuzelas, ses militants criant « Nous sommes prêts ». L’un de ses membres, Abel Decollines, espère que les Haïtiens pourront enfin choisir leurs dirigeants, tout en rappelant que la question de la sécurité reste centrale pour permettre une campagne électorale et un vote dans des conditions normales.
D’autres formations plus établies se sont également manifestées. Le parti EDE, fondé par l’ancien Premier ministre Claude Joseph, en poste lors de l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, a défilé jusqu’au conseil électoral dans une ambiance solennelle. Sur les réseaux sociaux, Joseph a affirmé vouloir mettre fin à ce qu’il décrit comme l’« hégémonie politique » et aux transitions interminables qui marquent la vie politique haïtienne depuis plusieurs années.
Mais derrière cet élan politique se cache une réalité bien plus sombre. Le pays reste profondément fragilisé par la violence des gangs, qui contrôlent environ 90 % de Port-au-Prince. Selon l’ONU, plus de 5 900 personnes ont été tuées et 2 700 blessées l’an dernier, tandis que 1,4 million d’habitants ont été déplacés. Dans ce contexte, beaucoup doutent que les élections annoncées puissent réellement se tenir avant la fin de l’année, même si le Conseil électoral doit publier d’ici le 26 mars la liste finale des partis autorisés à y participer.