Afrique du Sud–Zimbabwe : restitution d’objets sacrés et de restes ancestraux, un geste fort de mémoire postcoloniale

L’Afrique du Sud a restitué mardi au Zimbabwe des restes humains ancestraux ainsi qu’une sculpture en pierre vieille de plusieurs siècles représentant l’oiseau du Zimbabwe, symbole national du pays. Ces pièces, emportées durant la période coloniale il y a plus d’un siècle, ont été remises lors d’une cérémonie officielle organisée dans un musée du Cap, en présence de représentants des deux États. Huit cercueils recouverts du drapeau zimbabwéen ont marqué ce moment chargé d’émotion et de mémoire.

Les informations sur les restes restitués demeurent limitées, mais les autorités indiquent qu’ils proviennent de personnes exhumées à l’époque pour être utilisées comme « spécimens scientifiques ». Parmi eux figurerait un chef traditionnel dont le crâne et la mâchoire avaient été prélevés en 1910, ainsi qu’un homme exécuté sur fond d’accusations de sorcellerie. Des pratiques qui illustrent les violences symboliques et physiques infligées aux populations africaines durant la colonisation.

Au-delà de la restitution des restes humains, la remise de la sculpture de l’oiseau du Zimbabwe revêt une portée hautement symbolique. Cette pièce en stéatite, issue des vestiges du Grand Zimbabwe, avait été arrachée à son site d’origine à la fin du XIXe siècle par un explorateur britannique, avant d’être vendue à Cecil John Rhodes. Exposée pendant des décennies en Afrique du Sud, elle rejoint désormais son pays d’origine, près de 140 ans après son pillage.

Ces sculptures, autrefois perchées sur des colonnes de pierre au cœur du complexe du Grand Zimbabwe, incarnent l’héritage d’une civilisation puissante qui s’est développée entre le XIe et le XIIIe siècle. Aujourd’hui, elles constituent un élément central de l’identité nationale zimbabwéenne, figurant notamment sur le drapeau et la monnaie. Le site du Grand Zimbabwe, classé au patrimoine mondial, fait actuellement l’objet d’un programme de restauration, dans un contexte où les restitutions patrimoniales s’imposent de plus en plus comme un enjeu majeur de reconnaissance historique et culturelle.

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