Le virus Ebola circulait déjà depuis plusieurs semaines dans l’est de la République démocratique du Congo avant que les autorités sanitaires ne parviennent à identifier officiellement l’épidémie. Durant cette période d’incertitude, de nombreuses communautés locales pensaient être confrontées à une « maladie mystique », alimentant les rumeurs et compliquant davantage la réponse médicale.
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, les premiers cas suspects de cette fièvre hémorragique hautement contagieuse seraient apparus dès la mi-avril dans la localité minière de Mongbwalu, en Ituri, une province aurifère du nord-est de la RDC régulièrement secouée par l’insécurité.
Dans cette région enclavée, marquée par la présence de groupes armés et des violences récurrentes, la peur et les croyances populaires ont rapidement favorisé la désinformation.
« Ce qu’il faut éviter dans ce genre de situation, c’est de prendre des rumeurs et de les propager, car cela affecte considérablement l’efficacité de la réponse sanitaire », explique le Dr Abdou Sebushishe.
Faute d’informations fiables ou d’accès rapide aux structures médicales, certains habitants ont préféré se tourner vers des guérisseurs traditionnels ou des responsables religieux.
« Certains patients ont choisi de consulter des guérisseurs traditionnels, tandis que d’autres se sont rendus auprès de serviteurs de Dieu pour prier », précise le médecin.
Le responsable sanitaire souligne également la difficulté de lutter contre les fausses croyances dans un contexte de forte méfiance envers les autorités et les institutions médicales.
« Certains vont parler de sorcellerie, d’autres vont nier l’existence de l’épidémie, d’autres encore vont accuser les autorités de manipuler les chiffres ou de minimiser la situation. Mais la réalité est là : l’épidémie existe », insiste le Dr Sebushishe.
La situation est d’autant plus préoccupante que les personnels médicaux figurent parmi les premières victimes de l’épidémie. Selon les autorités sanitaires, cinq professionnels de santé ont déjà été contaminés, dont quatre sont décédés.
« Les soignants sont extrêmement exposés. Notre priorité aujourd’hui est de former les personnels de santé à identifier rapidement les symptômes, isoler les patients, assurer leur prise en charge et surtout se protéger eux-mêmes », explique le médecin.
La gestion de cette nouvelle flambée d’Ebola intervient dans un contexte particulièrement fragile pour le système de santé congolais. Les infrastructures sanitaires du pays souffrent d’un manque chronique de moyens humains, matériels et financiers, et restent fortement dépendantes de l’aide internationale.
Or, plusieurs organisations humanitaires alertent désormais sur la baisse des financements internationaux consacrés aux opérations sanitaires en Afrique, notamment après les réductions budgétaires décidées par les États-Unis depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.
Dans une région déjà fragilisée par les conflits armés, la pauvreté et l’instabilité, les autorités sanitaires craignent désormais que la désinformation, l’insécurité et le manque de ressources ne favorisent une propagation plus difficile à contenir du virus.