Un putsch de plus, et la communauté internationale rejoue son scénario habituel

Mercredi 26 novembre, la Guinée-Bissau a de nouveau basculé dans un cycle qu’elle connaît trop bien : un coup d’État militaire a renversé le président Umaro Sissoco Embaló, quelques heures avant la proclamation des résultats provisoires de l’élection du 23 novembre. À la tête de l’insurrection, le général Horta N’Tam — ancien chef d’état-major de l’armée de terre et pourtant réputé proche du président sortant — s’est autoproclamé président de la transition, dirigeant un « Haut Conseil militaire pour la restauration de l’ordre et de la sécurité ». Il promet une transition d’un an, la lutte contre le narcotrafic et une croisade contre les réseaux de corruption.

Comme à chaque putsch dans la région, la réaction internationale a suivi un scénario désormais bien rodé : condamnations immédiates, menaces de sanctions et appels au rétablissement de l’ordre constitutionnel. La Cédéao a suspendu la Guinée-Bissau de ses instances et convoqué un sommet extraordinaire. L’Union africaine, le Nigeria et plusieurs partenaires ont dénoncé une rupture inacceptable de l’ordre démocratique. Une mission de médiation, incluant le Sénégal, a été dépêchée à Bissau.

Mais l’histoire récente montre que ces postures offensives finissent presque toujours par se muer en pragmatisme — voire en résignation — une fois les nouvelles autorités solidement installées.

Umaro Sissoco Embaló, transféré en sécurité au Sénégal à bord d’un vol affrété par la Cédéao, demeure sous protection tandis que Dakar s’implique activement pour tenter d’ouvrir une voie de désescalade. Pendant ce temps, le général Horta N’Tam consolide son pouvoir : il a nommé un nouveau chef des forces armées, allégé certaines restrictions sur les institutions et le commerce, tout en maintenant l’interdiction des manifestations, marches et grèves.

Cette nouvelle crise ne fait que confirmer la fragilité structurelle de la Guinée-Bissau, pays secoué depuis 1974 par une succession de coups d’État, d’interventions militaires et d’équilibres politiques instables. Et, comme souvent en Afrique de l’Ouest, elle révèle aussi la mécanique désormais prévisible des partenaires régionaux et internationaux : s’indigner dans l’immédiat… avant de composer, tôt ou tard, avec le nouvel ordre imposé par les armes.

Total
0
Shares
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Previous Post

Africa Investment Forum 2025 Maroc : réformes urgentes

Next Post

Burkina Faso : la relance de SN-BRAFASO intensifie la concurrence face à Castel

Related Posts