L’Afrique commence enfin à investir en elle-même….

L’Afrique a longtemps exporté ses matières premières tout en dépendant des capitaux étrangers pour financer son développement. Pétrole, or, cacao, phosphate : les richesses du continent ont souvent quitté l’Afrique avant de revenir sous forme de prêts, d’aides ou d’investissements venus de Londres, Pékin, Paris ou Washington. Pourtant, une transformation silencieuse est en train d’émerger. L’idée d’une Afrique qui investit enfin massivement en Afrique n’est plus un slogan politique ou panafricaniste : elle devient progressivement une réalité économique.

Cette dynamique est portée par plusieurs puissances africaines qui projettent désormais leurs entreprises et leurs capitaux à l’échelle continentale. Le Maroc s’est imposé comme l’un des principaux investisseurs africains en Afrique de l’Ouest et centrale grâce à des groupes comme Attijariwafa Bank, Bank of Africa ou BCP dans la finance, Maroc Telecom dans les télécommunications ou encore OCP Group dans l’agriculture et les engrais. Selon plusieurs institutions financières africaines, plus de 60 % des investissements directs marocains à l’étranger sont aujourd’hui dirigés vers le continent africain. À cela s’ajoute Akwa Group, devenu un acteur régional important dans la distribution d’énergie et de carburants.

L’Afrique du Sud continue de jouer un rôle majeur grâce à des géants comme MTN Group dans les télécommunications ou Shoprite dans la grande distribution, présents dans de nombreux pays africains. Le Nigeria, première puissance démographique du continent, exporte désormais bien plus que son pétrole : Access Bank, United Bank for Africa et plusieurs fintechs nigérianes étendent leur influence dans toute l’Afrique. De leur côté, l’Égypte et le Kenya accélèrent leur expansion continentale dans les infrastructures, l’énergie et les technologies financières grâce à des groupes comme Elsewedy Electric ou Safaricom.

Les chiffres confirment cette montée en puissance des échanges et investissements africains. En 2024, le commerce intra-africain a dépassé les 206 milliards de dollars, porté notamment par la mise en œuvre progressive de la Zone de libre-échange continentale africaine. Dans le même temps, les flux d’investissements directs étrangers vers l’Afrique ont atteint près de 97 milliards de dollars. Même si les capitaux internationaux restent dominants, la part des investisseurs africains progresse continuellement, traduisant une volonté croissante de construire des chaînes de valeur continentales et de réduire la dépendance extérieure.

Derrière cette évolution économique se cache une question beaucoup plus profonde : celle de la souveraineté africaine. Aucun grand bloc mondial ne s’est développé uniquement grâce à l’argent des autres. Les États-Unis ont financé leur industrialisation, la Chine a construit sa puissance grâce à ses propres capitaux et l’Europe s’est consolidée autour de ses banques et de ses industries. L’Afrique semble aujourd’hui comprendre qu’elle ne pourra devenir une puissance économique majeure qu’en finançant elle-même ses infrastructures, ses entreprises, ses technologies et ses ambitions. “L’Afrique pour les Africains” ne signifie pas le rejet du monde, mais la fin d’une dépendance psychologique et économique qui a longtemps freiné le continent.

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