Le Cameroun renationalise son secteur électrique et reprend le contrôle total d’Eneo

Le Cameroun tourne une page majeure de son histoire économique avec la renationalisation de son principal opérateur d’électricité. Lundi, le président Paul Biya a signé un décret officialisant le retour sous contrôle de l’État de l’entreprise Eneo Cameroun, chargée de la production et de la distribution d’électricité pour près de 30 millions d’habitants. La société prendra désormais le nom de Société camerounaise d’électricité, ou Socadel, marquant ainsi la volonté des autorités de reprendre la main sur un secteur stratégique devenu hautement sensible.

Privatisée en 2001 dans le cadre des grandes réformes économiques soutenues par les institutions internationales, Eneo a longtemps été au cœur des critiques au Cameroun. Les consommateurs dénonçaient régulièrement les coupures d’électricité à répétition, la vétusté des infrastructures, les difficultés d’accès à l’énergie dans certaines régions ainsi que les tensions liées à la facturation. Ces dysfonctionnements ont progressivement nourri un débat national sur les limites de la privatisation des services publics essentiels.

Cette reprise de contrôle intervient après le rachat par l’État camerounais de la participation majoritaire détenue par le fonds d’investissement britannique Actis. Pour un montant estimé à 78 milliards de francs CFA, soit environ 139 millions de dollars, Yaoundé a acquis les 51 % du capital encore détenus par l’investisseur britannique. L’État possédait déjà 44 % des actions, portant désormais sa participation à 95 %, les 5 % restants appartenant aux salariés de l’entreprise.

Mais derrière cette reprise en main se cache également un défi financier colossal. La nouvelle Socadel hérite en effet d’une dette évaluée à près de 800 milliards de francs CFA à la fin de l’année 2024. Les autorités espèrent néanmoins que cette renationalisation permettra d’accélérer les investissements dans les infrastructures, d’améliorer la stabilité du réseau électrique et de répondre à une demande énergétique en forte croissance dans l’une des économies les plus importantes d’Afrique centrale.

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