À Tunis, la rue a de nouveau retrouvé sa voix. Samedi 6 décembre, entre 1 000 et 2 000 personnes se sont rassemblées pour dénoncer les récentes arrestations de figures politiques et réaffirmer un message devenu central : « l’opposition n’est pas un crime ». Organisée par la société civile et plusieurs partis, la manifestation a été marquée par des slogans directs visant le président Kaïs Saïed, accusé de restreindre de plus en plus l’espace démocratique depuis son coup de force du 25 juillet 2021.
La mobilisation intervient après l’incarcération, à quelques jours d’intervalle, de trois personnalités emblématiques de l’opposition : Ahmed Néjib Chebbi, Ayachi Hammami et Chaïma Issa. Tous trois avaient déjà été condamnés dans le cadre du vaste procès pour « complot contre la sûreté de l’État » qui vise depuis deux ans plusieurs dizaines d’opposants, avocats, militants, journalistes et figures de la société civile. Lors du rassemblement, les manifestants ont brandi les portraits d’autres personnalités emprisonnées, dont Rached Ghannouchi, Abir Moussi, Jawhar Ben Mbarek ou encore Saadia Mosbah.
Pour de nombreux participants, cette manifestation est le symbole d’un réveil démocratique face à ce qu’ils perçoivent comme une dérive autoritaire. « Nos libertés sont retirées petit à petit », dénonce Hager Chebbi, fille d’Ahmed Néjib Chebbi, évoquant une véritable « descente aux enfers » depuis 2021, malgré les acquis de la révolution de 2011. D’autres opposants, à l’image de l’avocat Samir Dilou, appellent les forces politiques à dépasser leurs divisions afin de défendre ensemble les libertés fondamentales et exiger la libération de tous les prisonniers politiques.