Qui vous a mandatés pour traduire la volonté du Roi et du peuple ?

Toute publication a le droit d’affirmer une position politique et de soutenir le parti qu’elle estime le plus proche de ses convictions. Mais elle doit présenter ce choix pour ce qu’il est : une préférence éditoriale, et non une vérité politique absolue ou une interprétation de la volonté du Roi et du peuple. La volonté royale s’exprime à travers les discours, les orientations et les institutions constitutionnelles ; elle n’a besoin d’aucun intermédiaire médiatique pour désigner le parti qui lui serait prétendument le plus fidèle. Quant à la volonté populaire, elle ne se décrète pas dans une tribune : elle s’exprime librement dans les urnes. En rapprochant les aspirations du Trône d’un choix partisan précis, cet éditorial franchit donc une limite et soulève une question essentielle : qui lui a donné mandat pour parler au nom des Marocains ?

Sur quels critères, ensuite, le PAM serait-il le meilleur dépositaire de la modernité ? En quoi les autres formations seraient-elles moins attachées aux libertés, aux femmes, à la jeunesse ou à la justice sociale ? La modernité n’est ni un slogan fondateur ni un label qu’un éditorial peut attribuer à un parti et refuser aux autres. Elle se mesure à la démocratie interne, à l’intégrité de la gestion, à la clarté des programmes et aux résultats obtenus. Surtout, le PAM ne peut être présenté comme une force nouvelle ou extérieure au bilan des cinq dernières années : il a pleinement participé à la majorité, administré des départements majeurs et pris part aux décisions gouvernementales. On ne peut pas attribuer au seuls RNI et le PI les insuffisances du mandat tout en réservant au PAM le bénéfice des avancées et la promesse du renouveau. Le bilan est collectif, et la modernité politique commence par l’obligation de l’assumer.

L’idée de voir une femme accéder à la tête du gouvernement est légitime et progressiste, mais elle ne peut devenir un argument électoral implicite en faveur d’un parti déterminé. Le Maroc n’a pas besoin d’une femme cheffe du gouvernement pour la seule force du symbole, mais d’une personnalité — femme ou homme — disposant d’une légitimité électorale, d’un programme crédible et d’une capacité réelle à gouverner et à rendre des comptes. La contradiction de l’éditorial apparaît d’ailleurs clairement lorsqu’il affirme ne donner aucune consigne de vote, avant de présenter le PAM comme « le meilleur choix » et d’annoncer son soutien à son projet. Il s’agit bien d’un engagement électoral : c’est un droit, mais l’honnêteté intellectuelle impose de l’assumer comme tel.

Le problème n’est donc pas que cet éditorial choisisse le PAM, mais qu’il cherche à légitimer ce choix en lui attribuant le monopole de la modernité, en effaçant sa responsabilité dans le bilan gouvernemental et, surtout, en invoquant le Trône et le peuple pour donner à une préférence partisane une autorité qu’elle ne possède pas. Vous êtes libres de soutenir le parti de votre choix ; vous ne l’êtes pas de parler au nom des Marocains ni de vous ériger en traducteurs de la volonté royale. Dans une démocratie, la presse prend position, analyse et critique ; les partis assument leur bilan ; et le peuple, seul, choisit.

Total
0
Shares
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Previous Post

Faouzi Lekjaâ, le PAM et le mystère de la « mission »

Related Posts