Faouzi Lekjaâ, le PAM et le mystère de la « mission »

Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, Faouzi Lekjaâ affirme être « en mission jusqu’au 23 septembre », jour des élections législatives. La formule est soigneusement choisie. Elle suggère le devoir, l’urgence et la discipline, tout en évitant de nommer clairement l’objectif poursuivi. Mais de quelle mission parle-t-on exactement ? Faire gagner le PAM ? Restaurer sa crédibilité ? Élargir son assise électorale ? Ou préparer, sans encore l’assumer publiquement, l’après-scrutin ?

Cette déclaration interroge autant Faouzi Lekjaâ que le PAM lui-même. Pourquoi un parti doté d’une présidence tripartite — deux figures politiques identifiées et une troisième nettement plus discrète — éprouve-t-il le besoin de s’en remettre à un « chargé de mission » dont le poids symbolique dépasse désormais celui de sa propre direction ? La question mérite d’être posée : les dirigeants actuels du PAM ne suffisent-ils plus à incarner son projet, à porter sa campagne et à défendre son ambition nationale ?

Faut-il y voir l’aveu d’une faiblesse structurelle ? Le signe que le PAM, malgré son implantation et ses ressources, peine encore à faire émerger une figure capable de rassembler ses différentes sensibilités et de personnifier une véritable alternative de pouvoir ? Ou s’agit-il d’un calcul plus opportuniste : adosser le parti à la popularité de Faouzi Lekjaâ, à son expérience des rouages de l’État et à son image d’homme d’action, afin de lui donner l’élan politique qui lui manque à l’approche du scrutin ?

Car on n’entre jamais tout à fait en politique par simple devoir temporaire. On ne rejoint pas le bureau politique d’un parti, on ne s’engage pas dans une bataille électorale décisive et on n’expose pas son capital personnel sans penser, au moins, au jour d’après. Faouzi Lekjaâ assure pourtant n’avoir jamais envisagé l’hypothèse de devenir chef du gouvernement. Il faudrait donc croire qu’il se mobilise pour conduire le PAM vers la victoire, tout en restant parfaitement indifférent à la manière dont cette victoire serait ensuite incarnée. En politique, une telle absence d’ambition serait presque plus surprenante que l’ambition elle-même.

L’ambition politique n’est pourtant ni une faute ni un embarras lorsqu’elle repose sur une vision et s’exprime avec clarté. Ce qui trouble ici, c’est précisément l’ambiguïté entretenue autour de cette « mission », comme le silence du PAM sur sa véritable finalité. Cette étrange mise en scène ne sert en rien le cheminement démocratique auquel aspire le pays. Une démocratie se renforce lorsque les ambitions sont assumées, les rôles clairement définis et les citoyens en mesure de savoir qui sollicite leur confiance — et dans quel but. Faouzi Lekjaâ est-il venu servir le parti, le renforcer, le dépasser ou, à terme, en prendre les commandes ? Le 23 septembre ne marquera probablement pas la fin de sa mission. Il sera plutôt le moment où celle-ci cessera enfin d’être un mystère.

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