Les électeurs de Guinée-Bissau ont approuvé à 70 % une nouvelle Constitution qui renforce sensiblement les prérogatives du chef de l’État, selon les résultats annoncés mardi par la Commission électorale nationale. Organisé moins de dix mois après le coup d’État qui a interrompu le précédent processus électoral, le référendum ouvre la voie à une transformation profonde de l’équilibre institutionnel du pays, à quelques mois de l’élection présidentielle prévue le 6 décembre et du retour annoncé à un pouvoir civil.
Le nouveau texte rompt notamment avec le système dans lequel le Premier ministre était issu de la majorité parlementaire, source par le passé de cohabitations difficiles et de tensions répétées au sommet de l’État. Désormais, le président pourra nommer et révoquer le Premier ministre ainsi que les membres du gouvernement, mais également dissoudre le Parlement. Pour les autorités de transition, cette concentration accrue du pouvoir exécutif doit permettre de renforcer la stabilité institutionnelle d’un pays marqué depuis son indépendance par une succession de crises politiques.
La réforme est toutefois loin de faire consensus. Une partie de l’opposition et de la société civile conteste la légitimité d’une révision constitutionnelle d’une telle ampleur conduite sous l’autorité d’un gouvernement de transition non élu. Appelant au boycott du scrutin, ses détracteurs dénoncent également des restrictions aux libertés publiques. La Commission électorale a, de son côté, défendu la transparence et la crédibilité du vote, malgré une mobilisation qui a semblé limitée dans plusieurs bureaux de Bissau. Le chef de la transition, le général Horta N’Tam, avait appelé la population, et particulièrement les jeunes, à participer massivement au référendum. La charte de transition lui interdit en principe de se présenter à la prochaine présidentielle.
Cette réforme intervient enfin dans un contexte africain plus large de révisions constitutionnelles portant sur l’équilibre des pouvoirs, les conditions d’éligibilité ou la durée des mandats. Mais en Guinée-Bissau, l’enjeu revêt une dimension particulière : depuis 1974, le pays a connu cinq coups d’État et plusieurs tentatives de putsch. Après la prise de pouvoir de l’armée en novembre dernier et l’interruption du processus électoral, le scrutin du 6 décembre constituera donc un test décisif : celui de savoir si le renforcement de la présidence permettra réellement de stabiliser les institutions ou s’il ouvrira un nouveau chapitre dans la longue histoire d’instabilité politique du pays.