Le Sénégal s’est fixé une échéance : décembre. D’ici là, Dakar espère parvenir à un accord de principe avec ses créanciers publics et les détenteurs de ses obligations. Selon Reuters, ce calendrier a été présenté lors d’un premier échange entre le gouvernement et les investisseurs sur le traitement de la dette sénégalaise.
Mais derrière une négociation très technique se joue quelque chose de beaucoup plus politique : la crédibilité financière du Sénégal.
Le dossier intervient deux ans après la révélation d’engagements financiers mal déclarés, dont le montant est estimé par des analystes à près de 13 milliards de dollars. Dakar a désormais choisi de demander un traitement de sa dette dans le cadre commun du G20, destiné à coordonner les négociations entre un État en difficulté et ses différents créanciers.
Un point pourrait devenir particulièrement sensible : environ 1 000 milliards de francs CFA, soit 1,72 milliard de dollars, levés à travers des instruments appelés « total return swaps ». Derrière ce terme technique, le principe est plus simple : le Sénégal a obtenu des financements auprès d’établissements étrangers en les adossant à des titres publics libellés en francs CFA.
Et c’est ici que commence le désaccord.
Dakar considère que la dette en francs CFA ne doit pas entrer dans le traitement envisagé. Le FMI estime au contraire que ces swaps constituent une dette extérieure, puisque les créanciers concernés sont établis hors du Sénégal.
Ce débat pourrait peser lourd : car déterminer ce qui entre dans la dette à restructurer, c’est déjà déterminer qui devra consentir un effort.
Le gouvernement veut négocier simultanément avec les créanciers publics, les banques et les détenteurs d’obligations, pour éviter les procédures interminables qu’ont connues la Zambie et le Ghana.
Mais décembre est un objectif. Pas une garantie.
Car au-delà des milliards, des taux et des échéances, le Sénégal doit reconstruire quelque chose de plus difficile encore à restructurer : la confiance.
La confiance des investisseurs. La confiance des institutions internationales. Et la confiance dans la parole financière de l’État.
Une dette peut être rééchelonnée. Des échéances peuvent être repoussées. Des créanciers peuvent accepter de perdre une partie de leurs créances.
Mais une crédibilité abîmée ne se renégocie pas autour d’une table.
Elle se reconstruit.
Et pour le Sénégal, c’est peut-être là que commence la négociation la plus importante.