Pourquoi la nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement n’a-t-elle rien de surprenant sous le règne de Mohammed VI ?
Parce qu’elle s’inscrit dans une ambition portée depuis plus d’un quart de siècle : faire de l’émancipation des femmes une dimension essentielle de la modernisation du Maroc.
Dès son accession au Trône, Mohammed VI fait de la condition féminine un enjeu majeur.
En 2004, il porte une réforme historique de la Moudawana. Un tournant qui renforce les droits des femmes, redéfinit les responsabilités familiales et bouscule des traditions patriarcales longtemps considérées comme immuables.
En 2011, la Constitution consacre l’égalité des droits entre les femmes et les hommes et érige la parité en objectif national.
Cette orientation se traduit également dans l’accès aux responsabilités.
En 2009, Fatima Ezzahra El Mansouri prend la tête de Marrakech. En 2023, Samira Sitaïl devient ambassadrice du Maroc en France.
Aujourd’hui, une femme est appelée à diriger le gouvernement.
Certes, cette nomination découle d’un résultat électoral et des dispositions constitutionnelles. Mais sa portée dépasse les seuls équilibres politiques.
Car cette évolution ne s’est jamais faite sans résistances.
Certains invoquent la tradition, d’autres la religion, pour perpétuer une conception patriarcale de la société.
Comme si préserver l’identité marocaine imposait de maintenir les femmes à l’écart du pouvoir.
Pourtant, moderniser une société ne signifie pas renier ses racines. C’est lui permettre d’évoluer sans se renier.
Tout n’est pas acquis. Les inégalités persistent et la réforme de la Moudawana demeure un chantier essentiel.
Mais cette nomination s’inscrit dans une trajectoire historique qui dépasse les alternances politiques.
On retiendra du règne de Mohammed VI les autoroutes, les ports, les trains à grande vitesse et les grands chantiers.
Mais aussi cette volonté de faire évoluer la place des femmes dans la société marocaine.
Car la grandeur d’un règne ne se mesure pas seulement à ce qu’il construit dans un pays. Elle se mesure aussi à ce qu’il transforme dans une société.