France–Algérie : jusqu’où ira la surenchère ?

Une nouvelle guerre froide s’est-elle installée entre la France et l’Algérie ? C’est la thèse développée dans Alger Paris : Affaires toxiques, une enquête de Marie-Christine Tabet et Christophe Dubois. Après avoir interrogé une centaine de ministres, diplomates, agents du renseignement et réfugiés politiques, les auteurs décrivent deux pays prisonniers d’une histoire commune qu’ils ne parviennent toujours pas à regarder ensemble.

Le livre revient sur les affaires qui ont empoisonné la relation : accusations d’ingérence, crise autour des obligations de quitter le territoire français, arrestation de l’écrivain Boualem Sansal, emprisonnement du journaliste Christophe Gleizes et soupçons d’opérations clandestines contre des opposants algériens installés en France. Ces éléments sont présentés par les auteurs comme les différentes pièces d’un même affrontement politique et stratégique. Les accusations les plus sensibles doivent néanmoins être distinguées des faits judiciairement établis.

Mais la véritable clé de cette relation reste la mémoire. Colonisation, guerre d’indépendance, harkis, pieds-noirs, immigration : chaque geste symbolique provoque une réaction sur l’autre rive de la Méditerranée. À cette histoire douloureuse s’est ajoutée la décision française de soutenir la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Alger a alors rappelé son ambassadeur, avant qu’une succession d’expulsions diplomatiques ne conduise Paris à rappeler, à son tour, son représentant.

Au plus fort de la crise, Paris et Alger ont ainsi rappelé leurs ambassadeurs. Ce geste spectaculaire a symbolisé l’effondrement du dialogue politique entre les deux capitales. Des contacts diplomatiques se poursuivent, mais leur portée réelle reste difficile à mesurer et les principaux sujets de tension demeurent entiers.

Jusqu’où peut aller cette surenchère ? Probablement pas jusqu’à une rupture complète. Les deux pays restent liés par des millions de familles, des intérêts économiques, la lutte antiterroriste, les questions migratoires et la sécurité au Sahel. Une rupture totale aurait un coût considérable pour les deux capitales, mais surtout pour les populations prises en otage par cette confrontation.

Le risque le plus crédible est donc celui d’une paix froide : des relations officielles maintenues au strict minimum, une coopération intermittente et une hostilité politique régulièrement ravivée. Car Paris et Alger ont découvert qu’accuser l’autre pouvait aussi servir leurs stratégies intérieures.

Et c’est peut-être la conclusion la plus inquiétante du livre : la crise franco-algérienne ne se nourrit pas seulement des blessures du passé. Elle perdure parce qu’au présent, certains ont encore intérêt à empêcher ces blessures de se refermer.

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