Depuis le début du mois d’avril 2026, les tensions géopolitiques autour de l’Iran ont provoqué un choc immédiat sur les marchés de l’énergie. Le baril de Brent a enregistré une hausse comprise entre 8 % et 12 % en moins de dix jours, sous l’effet d’un risque accru de perturbation dans le détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ 20 % des flux pétroliers mondiaux. Cette instabilité s’est instantanément traduite par une augmentation des coûts de transport maritime, estimée entre +15 % et +25 % selon les routes, impactant directement les pays importateurs.
L’Afrique, structurellement dépendante des importations de produits raffinés, subit de plein fouet cette pression. Dans certains pays d’Afrique de l’Ouest, la facture énergétique représente déjà jusqu’à 30 % des importations totales, aggravant mécaniquement les déficits commerciaux. Cependant, un basculement stratégique est en cours. La montée en puissance de la raffinerie Dangote au Nigeria, avec une capacité de 650 000 barils par jour, commence à redéfinir les équilibres régionaux.
Les flux commerciaux évoluent rapidement. Les exportations de produits raffinés nigérians vers le Ghana ont progressé d’environ 18 % entre 2025 et 2026, tandis que le Togo affiche une hausse de 22 %, le Bénin de 25 %, et la Côte d’Ivoire amorce une substitution progressive de ses importations extra-africaines. Cette dynamique marque une rupture avec un modèle historique dans lequel l’Afrique exportait du brut pour réimporter des produits transformés à un coût supérieur.
Ce mouvement de régionalisation énergétique, encore partiel, ouvre la voie à une transformation structurelle. Dangote s’impose progressivement comme un acteur central, capable non seulement d’approvisionner la sous-région, mais aussi d’influencer les prix. À moyen terme, cette évolution pourrait réduire la dépendance africaine aux chocs exogènes, à condition d’accompagner cette mutation par des investissements dans le stockage stratégique et les infrastructures logistiques.