À Barcelone, au Mobile World Congress, l’annonce n’a pas pris la forme d’un nouveau modèle haut de gamme, mais d’une promesse à 30 dollars. La GSMA a dévoilé la phase pilote de son initiative de smartphone 4G « abordable », portée par sa Handset Affordability Coalition. Autour de la table : Orange, Airtel Africa, Axian Telecom, Ethio Telecom, MTN, Vodacom et des fabricants comme Huawei. Six pays serviront de terrain d’essai : République démocratique du Congo, Éthiopie, Nigeria, Rwanda, Tanzanie et Ouganda.
L’idée repose sur une équation simple : produire en masse un appareil aux caractéristiques minimales standardisées, mémoire, RAM, autonomie, écran, pour garantir un smartphone fonctionnel vendu entre 30 et 40 dollars. Mais la coalition joue sur deux tableaux. Industriel d’un côté, politique de l’autre. Pour Vivek Badrinath, directeur général de la GSMA, la suppression des taxes et droits d’importation sur les modèles d’entrée de gamme sera déterminante pour atteindre une diffusion à grande échelle.
Le pari répond à un paradoxe africain. Selon l’Union internationale des télécommunications, 94 % du continent est couvert par un réseau mobile et 92 % de la population dispose d’un abonnement. Pourtant, seuls 56 % utilisent réellement le haut débit mobile. Le réseau existe, mais l’appareil manque. Des millions de personnes vivent sous couverture 3G ou 4G sans pouvoir accéder pleinement à Internet, freinées par le prix des terminaux.
Au-delà de l’inclusion numérique, l’enjeu est économique. Le secteur mobile a contribué à hauteur de 220 milliards de dollars au PIB africain en 2024, et pourrait atteindre 270 milliards d’ici 2030. Mais la flambée mondiale des prix des composants, notamment la mémoire, complique l’objectif d’un smartphone autour de 26 à 35 euros, seuil jugé critique pour une adoption massive. La GSMA prévoit de remettre le dossier sur la table en juin, au MWC Kigali, avec industriels et décideurs politiques. Derrière le téléphone à bas coût, c’est une bataille plus large qui s’engage : celle de l’accès, du pouvoir d’achat et de la croissance numérique du continent.