Samedi 28 février, les frappes conjointes des États-Unis et d’Israël contre des cibles iraniennes ont ouvert une séquence d’une intensité inédite, immédiatement suivie par des tirs de missiles de la République islamique. Des bases américaines dans plusieurs pays de la région ont été visées, tandis que les capitales du Golfe fermaient leur espace aérien, clouant au sol des dizaines de vols. En quelques heures, le conflit a cessé d’être une confrontation indirecte pour devenir un face-à-face assumé, faisant planer la menace d’un embrasement régional.
Pour le politologue Joseph Bahout, la rapidité de la riposte iranienne marque une rupture majeure avec la guerre de juin 2025. Téhéran avait prévenu : toute frappe serait interprétée comme le début d’un conflit généralisé. Le message a été entendu d’autant plus vite que la rhétorique américaine a changé de ton. Cette fois, l’objectif ne semble plus limité à contraindre l’Iran à négocier, mais touche à la survie même du régime. Le ciblage de l’élite politico-militaire iranienne et le discours de Donald Trump, remontant jusqu’aux contentieux historiques depuis 1979, donnent à l’opération l’allure d’un règlement de comptes stratégique.
La différence avec la précédente confrontation est également dans la nature du leadership militaire. Là où Israël menait auparavant la manœuvre avec un soutien américain tardif, Washington apparaît désormais en première ligne. Une évolution qui rapproche la perspective d’une guerre longue et régionale, d’autant que les alliés de l’Iran entrent progressivement dans la séquence. Déjà, les Houthis au Yémen ont activé leur front, et le Liban pourrait suivre. Le théâtre des opérations dépasse désormais largement les frontières iraniennes.
Reste l’inconnue centrale : la capacité de Téhéran à tenir dans la durée. Sur le plan conventionnel, l’équilibre des forces lui est défavorable, mais une guerre asymétrique lui permettrait de frapper les bases américaines et les infrastructures énergétiques du Golfe, infligeant un coût mondial immédiat. Si le régime estime jouer sa survie, il pourrait mobiliser tous ses relais régionaux. Dans ce scénario, l’affrontement ne serait plus une guerre contre l’Iran, mais une conflagration du Moyen-Orient tout entier, loin de la frappe rapide et décisive que semblait privilégier la Maison-Blanche.