À l’aube, les sirènes ont d’abord retenti au nord d’Israël, puis le ciel de Beyrouth s’est mis à trembler. En quelques heures, la banlieue sud de la capitale et plusieurs localités du Sud-Liban ont été frappées, laissant derrière elles des immeubles éventrés, des appartements en flammes et des colonnes de familles fuyant avec ce qu’elles pouvaient emporter. Le ministère libanais de la Santé a rapidement dressé un premier bilan : 31 morts et 149 blessés, dont la majorité dans le bastion du Hezbollah à al-Dhahiya. L’armée israélienne affirme avoir ciblé des infrastructures et des responsables du mouvement chiite, promettant une campagne appelée à durer « de nombreux jours », tandis que des ordres d’évacuation étaient lancés pour plus d’une cinquantaine de localités.
L’onde de choc est aussi politique. L’attaque revendiquée par le Hezbollah contre la région de Haïfa, présentée comme une riposte après la mort du guide iranien Ali Khamenei et comme un acte de solidarité avec Téhéran, a replacé le Liban au cœur d’un affrontement qui le dépasse. Le président Joseph Aoun a dénoncé l’utilisation répétée du territoire libanais comme champ de bataille régional, au moment même où la pression internationale s’accentuait pour désarmer le mouvement. Dans les rues, pourtant, la réalité est moins diplomatique : routes saturées vers Saïda, matelas ficelés sur les toits des voitures, quartiers vidés en quelques heures, comme un écho à la guerre dont le pays était officiellement sorti fin 2024.
Derrière ces frappes se dessine une confrontation plus large que la seule frontière libano-israélienne. Israël affirme vouloir briser les capacités d’un Hezbollah déjà affaibli par les combats précédents et accuse le mouvement de se réarmer malgré le cessez-le-feu. En face, l’organisation s’inscrit dans la stratégie de « l’axe de la résistance » soutenu par l’Iran, aux côtés du Hamas, des milices irakiennes et des Houthis. Pour les civils libanais, cette géographie des alliances se traduit par un quotidien suspendu aux communiqués militaires et aux bruits d’explosions, avec la crainte que la séquence en cours ne soit que le prélude à une guerre plus longue.