À Luangu, loin de l’agitation de Kinshasa, le geste était symbolique mais lourd de promesses. Casque de chantier vissé sur la tête, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a lancé lundi un projet qui veut combler deux urgences à la fois : former des médecins et soigner une population encore trop éloignée des structures spécialisées. Sur ce terrain du Kongo Central, la première pierre des futures cliniques universitaires de l’Université Kongo ne marque pas seulement le début d’un chantier estimé à 9,2 millions de dollars, elle ouvre une séquence politique où santé et savoir deviennent vitrines de l’action publique.
Autour d’elle, les discours ont dessiné une ambition nationale. Le gouverneur Grâce Bilolo a parlé de compétences appelées à servir avec « professionnalisme, éthique et dévouement », tandis que la ministre de la Jeunesse, représentant l’Enseignement supérieur, a replacé le projet dans une bataille plus large : préparer une génération capable d’affronter les défis sanitaires du pays. Dans une province où l’accès aux soins spécialisés reste limité, la future infrastructure est présentée comme un pont entre l’université et la société.
Pour l’Université Kongo, l’enjeu est aussi académique que symbolique. Son recteur, Germain Nkuna, a transformé la cérémonie en acte de mémoire en évoquant une « vision » et un « héritage » appelés à dépasser les murs du campus. Les cliniques porteront le nom de la cheffe du gouvernement, scellant un lien direct entre pouvoir exécutif et formation médicale, dans un pays où les étudiants en médecine manquent souvent de terrains de stage conformes aux standards internationaux.
Si le calendrier de dix-huit mois est respecté, les bâtiments devraient offrir à la fois un hôpital universitaire pour la pratique clinique et un centre de soins pour les habitants de la région. Derrière le protocole, une pierre posée dans la poussière rouge de Luangu pour répondre à une équation nationale: former, soigner et retenir sur place des compétences médicales dont la République Démocratique du Congo a cruellement besoin.