Dans les salons feutrés du MEDEF, loin des embouteillages chroniques et des avenues saturées de Kinshasa, se joue une partie décisive pour l’avenir de la capitale congolaise. Face aux représentants des grandes entreprises françaises, les envoyés du gouvernement déroulent la maquette d’un projet hors norme : 46 milliards d’euros pour faire émerger « Kinshasa Kia Mona », une ville nouvelle pensée comme écologique, connectée et autosuffisante. Derrière les rendus numériques et les promesses de contrats, l’objectif est d’attirer des partenaires capables de transformer ce chantier en moteur économique, avant la mission d’exploration annoncée en RDC en avril 2026. La première pierre, posée en décembre par Félix Tshisekedi, marque le passage du rêve à la phase opérationnelle.
L’argumentaire s’appuie sur un inventaire d’opportunités : transports fluviaux, énergie, logement, numérisation urbaine, eau, logistique, services hospitaliers. Les grands noms européens ont déjà pris position en coulisses, de la modélisation numérique confiée à Dassault Systèmes aux infrastructures hospitalières soutenues par BPI France. Mais l’avance la plus visible est chinoise. Au cœur du dispositif, une cité industrielle de 7 500 hectares pilotée par un consortium sino-congolais promet plus de mille usines et des centaines de milliers d’emplois. Autour de ce noyau doivent s’agréger quartiers administratifs, logements intelligents, complexes hôteliers et centrale solaire, dessinant une ville pensée comme un écosystème complet plutôt qu’une simple extension urbaine.
Cette projection futuriste répond à une urgence bien réelle. Kinshasa, près de vingt millions d’habitants, suffoque sous la pression démographique, les inondations récurrentes et une mobilité paralysée. La ville nouvelle devient alors un outil politique autant qu’urbanistique : désengorger, redistribuer les fonctions administratives, créer des pôles économiques capables d’absorber la croissance. Dans le même temps, d’autres plans continuent d’exister en parallèle, schéma directeur soutenu par le Japon, projets de tramways portés par des consortiums étrangers et des acteurs locaux, révélant une capitale où plusieurs visions de modernisation se superposent.
Au-delà des chiffres vertigineux, la bataille est aussi géopolitique et industrielle. Kinshasa Kia Mona sert de vitrine à une diplomatie économique où Européens, Chinois, Marocains, Sud-Africains et Congolais cherchent chacun leur place. Pour les autorités, il s’agit de transformer la crise urbaine en opportunité d’investissement massif ; pour les entreprises, d’entrer dans l’un des plus grands marchés d’infrastructures du continent. Entre maquettes parisiennes et chantiers annoncés pour 2026, le projet ambitionne de faire naître, sur les rives du fleuve Congo, une ville capable de redéfinir l’image et le fonctionnement de la capitale congolaise.