À l’Élysée, Madagascar redessine ses alliances sans rompre avec la France

Dans les salons de l’Élysée, la poignée de main était scrutée bien au-delà de Paris. Quelques jours après une visite remarquée à Moscou, le colonel Michaël Randrianirina, propulsé à la tête de Madagascar par un mouvement de contestation soutenu par l’armée en octobre, a choisi la capitale française pour fixer le cap de sa diplomatie. Aux côtés d’Emmanuel Macron, il a entériné l’idée d’un « partenariat renouvelé », présenté comme équilibré et fondé sur le respect mutuel. Une formulation soigneusement pesée dans un contexte où l’exfiltration de l’ancien président Andry Rajoelina par la France avait ravivé les tensions mémorielles et la méfiance envers l’ancienne puissance coloniale.

Derrière les mots, un calendrier précis : deux années de transition pour refonder les institutions et organiser des élections que Paris promet d’accompagner. La feuille de route évoque un soutien économique renforcé, la consolidation des liens politiques et la poursuite de la coopération sécuritaire et militaire. Pour la France, l’enjeu dépasse la seule relation bilatérale : Madagascar occupe une position stratégique sur les routes maritimes de l’océan Indien et concentre des ressources convoitées, du nickel au cobalt, dans un espace où la concurrence internationale s’intensifie.

Car la rencontre parisienne se lit aussi à la lumière de la séquence russe. À Moscou, Randrianirina a parlé d’une « nouvelle ère de coopération » et accueilli des instructeurs chargés de former les forces malgaches à l’utilisation d’équipements livrés en décembre, dont des drones. Une orientation qui s’inscrit dans une histoire plus ancienne : dès les années 1970, l’armée malgache entretenait des liens étroits avec le bloc soviétique. Aujourd’hui, le nouveau pouvoir semble remettre au goût du jour une diplomatie « tous azimuts », destinée à tirer profit de la rivalité entre partenaires internationaux plutôt qu’à s’enfermer dans une dépendance exclusive.

Malgré cette ouverture vers Moscou, l’équation économique reste largement européenne : plus de 30 % des exportations malgaches prennent la direction de l’Union européenne, dont la moitié vers la France, tandis que la Russie demeure un acteur commercial marginal. À Paris, on observe donc la diversification malgache sans renoncer à l’influence historique, tout en redoutant que ce jeu d’équilibre ne ravive des dossiers sensibles, comme celui des îles Éparses. Entre mémoire coloniale, transition politique et compétition géopolitique, la relation franco-malgache entre dans une phase où chaque geste diplomatique devient un message adressé au reste du monde.

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