Bamako mise sur sa propre vitrine : la commande publique au service du “Made in Mali”

Dans les couloirs des ministères maliens, la prochaine bataille ne se jouera ni sur le terrain sécuritaire ni sur la scène diplomatique, mais dans les bons de commande. Une note signée par le ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, redéfinit la trajectoire des dépenses publiques : désormais, l’État achètera d’abord malien. Chaque département devra consacrer 100 millions de FCFA dans son budget 2026 à l’acquisition de biens produits localement, du mobilier administratif aux boissons transformées sur place, en passant par les produits d’entretien issus des unités industrielles nationales. Derrière l’instruction comptable se dessine une stratégie politique : faire de la consommation publique un acte de souveraineté économique.

Ce choix rompt avec une tradition où les marchés publics s’ouvraient largement à la concurrence internationale, même si des mécanismes de préférence nationale existaient déjà sur le papier. Pour la première fois, un fléchage budgétaire généralisé impose concrètement aux ministères d’orienter leurs achats vers les Petites et Moyennes Entreprises de droit malien. Si la mesure est appliquée à l’échelle de tout l’appareil d’État, ce sont plusieurs milliards de francs CFA qui pourraient irriguer directement le tissu productif local, transformant la dépense publique en moteur d’industrialisation, d’emplois et de circulation interne de la richesse.

L’initiative s’inscrit dans la logique des Assises nationales de la Refondation et dans le discours plus large des autorités de la Transition, qui font de la souveraineté, politique, sécuritaire et désormais économique, un marqueur central de gouvernance. Elle envoie aussi un message clair aux opérateurs économiques : le marché public peut devenir leur premier client, à condition de répondre aux exigences de volume, de qualité et de transparence. Car le succès de la réforme dépendra de la capacité des entreprises maliennes à structurer leurs filières, à certifier leurs produits et à éviter les dérives qui pourraient concentrer les marchés entre quelques acteurs.

Dans la sous-région, d’autres pays ont déjà introduit des marges de préférence pour leurs entreprises locales, mais l’option malienne se distingue par son caractère direct et centralisé. Reste à voir si cette impulsion administrative se traduira par une transformation durable de l’économie réelle. Pour Bamako, le pari est clair : faire de chaque chaise fabriquée localement, de chaque jus produit sur le territoire, un symbole tangible d’un modèle de développement qui cherche désormais sa force d’abord à l’intérieur de ses propres frontières.

Total
0
Shares
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Previous Post

À la lisière de la guerre soudanaise, le Tchad verrouille sa frontière

Next Post

le cauchemar de centaines de Kenyans affirmant être Piégés au Cambodge

Related Posts