Plus de vingt-cinq ans après l’attentat meurtrier contre l’ambassade des États-Unis à Nairobi, les victimes et leurs familles voient, une fois de plus, l’horizon s’éloigner. La justice kényane a décidé, mercredi, de reporter l’examen du dossier visant à obtenir des indemnisations, fixant la prochaine audience au mois de janvier. Le magistrat a invoqué la nécessité de disposer de davantage de temps pour étudier un dossier « d’une ampleur considérable ».
Le 7 août 1998, un commando affilié à al-Qaïda faisait exploser un camion piégé devant la représentation diplomatique américaine, tuant 213 personnes et blessant des milliers d’autres. Une tragédie fondatrice dans l’histoire du terrorisme moderne, qui a marqué durablement la capitale kényane et laissé des centaines de familles dans un deuil sans répit. Pourtant, malgré l’ampleur du drame, une part importante des survivants et des proches des victimes n’a jamais été indemnisée.
En 2021, un collectif de victimes a intenté une action en justice afin de contraindre le gouvernement kényan à demander officiellement des compensations à Washington, estimant que l’État a l’obligation morale — et politique — de défendre ses citoyens. Trois ans plus tard, la procédure s’enlise et les familles dénoncent une forme d’indifférence institutionnelle.
Le Consortium des victimes du 7-août fustige par ailleurs une manœuvre politique, notant que ce nouveau report intervient à la veille d’une visite très médiatisée du vice-président américain, J.D. Vance, attendu à Nairobi d’ici la fin du mois. Pour beaucoup, la patience s’est transformée en amertume, et l’espoir d’obtenir justice dans un délai raisonnable semble s’amenuiser — laissant les familles seules face à une mémoire qui, elle, ne s’efface pas.