Mauritanie : un remaniement sous pression après la crise électrique

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En Mauritanie, la crise de l’électricité a fini par provoquer des conséquences politiques. Après plusieurs incendies ayant touché des installations électriques et perturbé l’approvisionnement en énergie, le gouvernement a procédé à un remaniement marqué par le départ du ministre de l’Énergie. Le Premier ministre conserve ses fonctions, mais cet ajustement ministériel révèle l’ampleur des difficultés rencontrées par un secteur devenu particulièrement sensible. Dans un pays qui ambitionne de transformer son potentiel énergétique en moteur de développement, les défaillances du réseau électrique prennent désormais une dimension qui dépasse largement les questions techniques.

Les incidents survenus dans les infrastructures électriques ont ravivé les interrogations sur l’état du réseau, la maintenance des équipements et la capacité des installations à répondre à une demande croissante. Pour les ménages, les coupures représentent une dégradation immédiate des conditions de vie. Pour les entreprises, elles entraînent des coûts supplémentaires, perturbent la production et fragilisent la compétitivité. La continuité de l’approvisionnement électrique constitue ainsi un enjeu économique majeur, particulièrement dans un pays où les ambitions industrielles supposent des infrastructures fiables et durables.

Cette crise intervient pourtant à un moment où la Mauritanie cherche à changer de dimension énergétique. Le pays dispose d’importantes ressources gazières, notamment grâce au projet Grand Tortue Ahmeyim, développé conjointement avec le Sénégal. Il nourrit également de grandes ambitions dans les énergies renouvelables et l’hydrogène vert, en s’appuyant sur son potentiel solaire et éolien. Mais ce contraste entre les perspectives d’exportation énergétique et les difficultés d’approvisionnement intérieur soulève une question fondamentale : comment devenir un acteur énergétique régional sans garantir d’abord une électricité stable à sa propre population ?

Le rapport d’une commission d’enquête indépendante, remis au président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani le 8 octobre, a donné une portée nouvelle à cette affaire. Les conclusions mettent en évidence des défaillances dans l’exécution et la supervision de travaux sur les installations électriques, notamment l’utilisation de câbles ne répondant pas aux exigences techniques. Le lendemain, le Premier ministre Mokhtar Ould Djay présentait la démission de son gouvernement, avant d’être immédiatement reconduit. Le nouveau cabinet, annoncé le 10 octobre, écarte notamment le ministre sortant de l’Énergie, Mohamed Ould Khaled, remplacé par Mohamed Ould Abdel Vetah. Plusieurs autres portefeuilles importants, dont la Défense et l’Intérieur, changent également de titulaires.

Mais le remaniement ne suffira pas à refermer le dossier. Les conclusions de l’enquête posent désormais la question des responsabilités administratives et de la qualité du contrôle des marchés publics. Pour le président Ghazouani, l’enjeu est double : restaurer la confiance des citoyens dans les institutions et démontrer que les défaillances constatées peuvent conduire à des réformes concrètes. La Mauritanie dispose d’atouts énergétiques considérables, mais leur valorisation ne pourra produire tous ses effets sans des infrastructures nationales fiables. Le véritable test de ce nouveau gouvernement ne sera donc pas le nombre de ministres remplacés, mais sa capacité à empêcher que de telles défaillances se reproduisent.

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