Éthiopie–Érythrée : le spectre d’une nouvelle guerre

La Corne de l’Afrique est de nouveau menacée par la guerre. Quatre ans après l’accord de paix censé mettre fin à l’un des conflits les plus meurtriers du continent, l’Éthiopie et l’Érythrée échangent des accusations d’une gravité exceptionnelle. Addis-Abeba affirme que des troupes érythréennes ont pénétré sur son territoire et occupé des positions dans le nord du pays. Asmara rejette ces accusations et dénonce ce qu’elle considère comme une menace de guerre. Entre les deux voisins, anciens alliés devenus adversaires, le risque d’une confrontation militaire ouverte ravive les inquiétudes dans toute la région.

La reprise des combats dans le nord de l’Éthiopie a précipité cette escalade. Fin septembre, les forces du Front populaire de libération du Tigré (TPLF) avaient pris le contrôle de l’aéroport de Mekele, capitale régionale, avant de se retirer le 3 octobre. Les forces alliées au gouvernement fédéral ont depuis repris la ville. Dimanche 11 octobre, Ethiopian Airlines y a rétabli ses liaisons aériennes. Mais cette reprise apparente de la vie civile ne signifie pas que la crise est résolue. Les rivalités politiques demeurent et les affrontements ont fragilisé un équilibre déjà précaire.

Le retournement des alliances illustre toute la complexité de cette crise. Entre 2020 et 2022, l’Érythrée avait engagé ses forces aux côtés de l’armée fédérale éthiopienne contre les rebelles tigréens. Aujourd’hui, Addis-Abeba accuse son ancien partenaire de soutenir ces mêmes forces rebelles, ce qu’Asmara conteste. À cette rupture s’ajoute un différend stratégique majeur : l’accès à la mer Rouge. Privée de littoral depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993, l’Éthiopie considère l’accès à la mer comme un enjeu vital pour son développement économique. L’Érythrée, de son côté, redoute que cette ambition ne remette en cause sa souveraineté territoriale.

Les conséquences d’une nouvelle guerre pourraient être considérables. Le conflit du Tigré, entre 2020 et 2022, avait provoqué des centaines de milliers de morts, selon différentes estimations, et laissé derrière lui des populations déplacées, des infrastructures détruites et une économie profondément affaiblie. Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a appelé à la cessation immédiate des hostilités et au retour au dialogue dans le cadre de l’accord de Pretoria. Mais les appels internationaux à la retenue peinent à dissiper les tensions accumulées entre les deux pays.

L’enjeu dépasse désormais les frontières éthiopiennes et érythréennes. Une confrontation entre Addis-Abeba et Asmara risquerait de déstabiliser toute la Corne de l’Afrique, dans un environnement régional déjà marqué par la guerre au Soudan, les tensions en Somalie et l’insécurité autour de la mer Rouge. L’accord de Pretoria avait suscité l’espoir d’une paix durable. Quatre ans plus tard, cet espoir vacille. La question n’est plus seulement de savoir si l’Éthiopie et l’Érythrée peuvent éviter une nouvelle guerre. Elle est de savoir si toute une région peut se permettre d’en subir une autre.

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