Le Parlement algérien a adopté ce mercredi une loi qualifiant la colonisation française de « crime d’État », marquant une nouvelle étape dans l’institutionnalisation du contentieux mémoriel entre Alger et Paris. Présenté pour la troisième fois depuis 2001, le texte a été soumis au vote par le président de l’Assemblée populaire nationale (APN), Brahim Boughali, et adopté à l’unanimité par les 407 députés, dans un climat politique lourd de symboles.
La loi dresse un réquisitoire détaillé contre la période coloniale française, couvrant les années 1830 à 1962. Elle évoque des pratiques qualifiées de systémiques : tortures, exécutions sommaires, pillages, déplacements forcés de populations, spoliations foncières et répression violente des résistances locales. Le texte prévoit également des sanctions à l’encontre de toute tentative de glorification de cette période, traduisant la volonté d’inscrire la mémoire coloniale dans un cadre juridique contraignant.
Mais au-delà de la reconnaissance historique, le projet porte une dimension politique et diplomatique assumée. L’Algérie y formule des exigences précises : restitution des biens culturels, remise des cartes des champs de mines, décontamination des sites d’essais nucléaires menés par la France dans le Sahara — dix-sept explosions entre 1960 et 1966 — ainsi que des excuses officielles et une indemnisation intégrale des victimes. Autant de dossiers qui restent, depuis des décennies, au cœur d’un contentieux non résolu entre les deux États.
En 2021, le président français Emmanuel Macron avait qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité », sans toutefois franchir le pas d’une reconnaissance juridique ou d’excuses formelles de l’État français. Une position jugée insuffisante par Alger. Réagissant à l’adoption de la loi, le Quai d’Orsay, par la voix de son porte-parole Pascal Confavreux, a dénoncé une initiative « manifestement hostile » à la reprise du dialogue bilatéral, tout en réaffirmant la poursuite des travaux historiques conjoints engagés entre les deux pays.
Au-delà du registre mémoriel, cette loi s’inscrit dans un rapport de force politique plus large. Elle intervient dans un contexte régional et international marqué par une recomposition des alliances, où la mémoire devient un instrument de souveraineté, de légitimation interne et de pression diplomatique. En ravivant les plaies du passé colonial, Alger envoie un message clair : la normalisation avec Paris ne pourra se faire sans reconnaissance pleine, responsabilité assumée et justice historique.