Mercredi, la Somalie a franchi un tournant historique en adoptant une nouvelle Constitution qui fixe à cinq ans le mandat présidentiel et instaure l’élection au suffrage universel des parlementaires. Les deux chambres ont approuvé ce texte malgré les critiques des dirigeants régionaux et d’une partie de l’opposition, dénonçant un renforcement de la centralisation dans un pays marqué par deux décennies d’instabilité et l’insurrection persistante des chebab. Le Premier ministre Hamza Abdi Barre a qualifié cette réforme de « victoire historique », tandis que le président Hassan Sheikh Mohamud a insisté sur la création d’un système de gouvernance « fondé sur une base juridique solide » offrant au peuple somalien un droit accru d’orientation politique.
Le passage au suffrage universel pour les parlementaires représente une rupture avec un système indirect et clanique, où les élus étaient désignés via des délégués choisis par les chefs de clan. Toutefois, la présidentielle reste encore élue par le Parlement, laissant planer des interrogations sur la mise en œuvre réelle de cette réforme lors du scrutin prévu en juin. Dans les territoires hors contrôle du gouvernement, où les shebab dominent et où l’autorité fédérale peine à s’imposer, organiser ces élections semble pour l’instant quasiment irréaliste, selon de nombreux analystes.
Les tensions régionales s’ajoutent à la complexité du processus. Les dirigeants du Jubaland et du Puntland ont boycotté le vote et refusé de s’aligner sur le calendrier électoral, tandis que la question du Somaliland, qui revendique son indépendance depuis 1991 et vient d’être reconnu par Israël fin 2025, reste un point de friction majeur avec Mogadiscio. Dans ce contexte fragmenté, la nouvelle Constitution est perçue à la fois comme un pas vers la modernisation politique et un défi considérable pour l’unité et la stabilité du pays.