Et si, à force de désigner des ennemis, on finissait par provoquer une guerre que personne ne pourrait arrêter ?
C’est la question que soulève la succession d’accusations lancées ces derniers jours en Algérie contre le Maroc et les Émirats arabes unis.
D’abord, des ressortissants marocains soupçonnés de préparer des opérations de sabotage. Puis une prétendue légion étrangère que les Émirats prépareraient avec plusieurs milliers de combattants, dont des Algériens.
Deux annonces spectaculaires. Mais que sait-on réellement ?
L’affaire de la légion émiratie, présentée comme une révélation, avait déjà fait l’objet d’enquêtes journalistiques en 2024. Même projet, mêmes effectifs annoncés : entre 3 000 et 4 000 hommes.
Quelles preuves nouvelles justifient aujourd’hui cette alerte ? Et surtout, pourquoi maintenant ?
Une autre interrogation vient donner à cette succession d’événements une dimension politique plus sensible.
En 2029, Abdelmadjid Tebboune devra quitter la présidence, au terme de son second mandat.
Or, la Constitution algérienne prévoit qu’en cas de guerre, déclarée dans des conditions strictes, le mandat présidentiel est prolongé jusqu’à la fin des hostilités.
Le journaliste algérien Abdou Semmar évoque ainsi un scénario extrême : celui d’une crise extérieure susceptible de servir une prolongation du pouvoir.
Précisons-le : aucune preuve ne permet d’affirmer qu’un tel projet existe.
Mais imaginons un instant le pire.
Un incident frontalier. Une accusation qui dégénère. Une riposte, puis une autre. Et soudain, deux pays voisins basculent dans une confrontation dont personne ne maîtrise plus l’issue.
Pour quoi ? Quelques années de pouvoir supplémentaires ? Une victoire politique sans lendemain ?
L’Algérie et le Maroc ont déjà payé un prix considérable à leur rivalité. Frontières fermées, coopération paralysée, occasions économiques perdues et méfiance entretenue entre deux peuples que tant de choses rapprochent.
Le véritable danger commence lorsque la menace extérieure devient un instrument de politique intérieure. Car à force de préparer les esprits à la confrontation, on risque de rendre la guerre imaginable, puis acceptable.
Et il existe une limite qu’aucun calcul de pouvoir ne devrait franchir : on peut prolonger un mandat, jamais rendre la vie à ceux qu’une guerre aura emportés.