Il aura suffi de quelques pots de miel pour révéler les contradictions de toute une diplomatie.
À Moscou, Ahmed Attaf évoque avec Sergueï Lavrov le miel reçu de son homologue malien. Lavrov lui rétorque, non sans ironie, que l’Algérie devrait produire son propre miel.
Une plaisanterie ? Certainement. Mais derrière le sourire, une réalité autrement plus amère.
Car à force de jouer avec le feu, l’Algérie risque de finir par se brûler.
Avec le Maroc, une guerre froide interminable autour du Sahara. Avec le Mali, des relations profondément dégradées. Et désormais, avec le Niger, la perspective d’un engagement militaire aux conséquences imprévisibles.
Pendant ce temps, Alger continue de miser sur Moscou.
L’Algérie compte parmi les principaux clients de l’armement russe. Des milliards de dollars dépensés en avions, chars et missiles.
Mais la Russie soutient aussi militairement le Mali, malgré ses tensions avec Alger.
Première leçon : acheter des armes russes ne signifie pas acheter la diplomatie russe.
Sur le Sahara, Alger espère également obtenir l’appui de Moscou au Conseil de sécurité, voire son veto.
Mais pourquoi le Kremlin sacrifierait-il ses propres intérêts pour épouser ceux de l’Algérie ?
Et voici maintenant le Niger.
Alger envisage d’y déployer des soldats pour protéger ses intérêts énergétiques, tout en cherchant à associer la Russie au gigantesque gazoduc transsaharien.
Un pari risqué dans une région où les interventions militaires commencent souvent avec des objectifs limités et s’achèvent rarement comme prévu.
Le problème de la diplomatie algérienne n’est peut-être pas son manque d’ambition. C’est sa propension à multiplier les confrontations sans toujours mesurer leurs conséquences.
Car l’influence d’un pays ne se mesure ni au nombre d’armes qu’il achète, ni au nombre de crises dans lesquelles il s’engage.
Elle se mesure à sa capacité de construire des alliances et de préserver la stabilité.
À force de vouloir peser partout, Alger risque de s’affaiblir partout.
Et finalement, Lavrov avait peut-être raison.
En diplomatie aussi, mieux vaut produire son propre miel que dépendre de celui des autres