L’Algérie vient de franchir une ligne qu’elle s’était longtemps refusée à dépasser : engager son armée au-delà de ses frontières.
En approuvant l’envoi de troupes au Niger, les deux chambres du Parlement algérien ouvrent la voie à une intervention militaire aux conséquences potentiellement considérables.
Derrière cette décision, une réalité moins visible : le pétrole, le gaz et la volonté d’Alger de sécuriser ses ambitions énergétiques au Sahel.
Mais l’Algérie pourra-t-elle maîtriser un engagement militaire dont elle ne connaît ni la durée ni les limites ?
Regardons la carte.
Les deux pays partagent près de mille kilomètres de frontière, dans une région marquée par les trafics et l’activité des groupes armés.
Au nord du Niger, Sonatrach développe le projet pétrolier de Kafra. Mais exploiter du pétrole exige des infrastructures, des équipements, des routes et surtout de la sécurité.
C’est ici que les intérêts économiques deviennent des enjeux militaires.
Et les ambitions algériennes ne s’arrêtent pas au pétrole.
Le Niger se trouve sur le tracé du futur gazoduc transsaharien, destiné à acheminer le gaz nigérian vers l’Algérie, puis l’Europe.
Pour Alger, l’enjeu est double : sécuriser ses investissements et renforcer son statut de puissance énergétique régionale.
Pour Niamey, c’est l’occasion d’attirer des capitaux et de bénéficier d’un soutien militaire supplémentaire.
Mais attention à l’engrenage.
Aujourd’hui, il s’agit de protéger des installations pétrolières. Demain, faudra-t-il sécuriser les routes, poursuivre les groupes armés, envoyer des renforts et élargir les opérations ?
La France a déjà expérimenté les difficultés d’un engagement militaire prolongé au Sahel.
L’Algérie pourrait découvrir, à son tour, qu’il existe une différence fondamentale entre défendre ses frontières et intervenir durablement au-delà.
Car le véritable danger n’est pas nécessairement d’entrer au Niger.
C’est de découvrir, une fois sur place, que le coût du départ devient supérieur à celui du maintien.
L’Algérie entre au Niger pour protéger ses investissements. Mais demain, combien devra-t-elle investir pour protéger ses soldats ?