Soixante et un Marocains auraient traversé la Tunisie pour préparer des actes de sabotage en Algérie.
L’annonce, diffusée par les autorités algériennes et largement reprise par les médias publics, est spectaculaire. Mais les preuves capables d’étayer publiquement ce scénario, elles, restent invisibles.
Selon la Direction générale de la Sûreté nationale, les suspects seraient arrivés à Tunis, auraient franchi clandestinement la frontière algérienne, puis rejoint Oran. Les autorités affirment avoir déjoué un projet de sabotage. Les personnes arrêtées ont été présentées à la justice.
Mais quels sites auraient été visés ? Quels moyens ont été saisis ? Quels éléments établissent l’existence d’un réseau organisé ? Pour l’heure, le communiqué ne répond pas à ces questions. Des journalistes et commentateurs ont relevé l’écart entre la gravité des accusations et le peu d’éléments vérifiables rendus publics.
Une arrestation annoncée n’est pas la preuve d’un complot. Et une accusation officielle ne vaut pas jugement.
Ce n’est pas la première fois que le Maroc apparaît dans un récit de menace porté par les autorités algériennes. En 2024, quatre ressortissants marocains avaient déjà été arrêtés sous des accusations d’espionnage et de déstabilisation. Dans ces affaires, la question reste toujours la même : qu’est-ce qui est établi, et qu’est-ce qui relève de la communication politique ?
Car ces annonces s’inscrivent dans un climat plus large : rupture diplomatique avec les Émirats arabes unis, tensions persistantes avec la France, et crise avec le Mali, dont les relations avec Alger ont depuis été rétablies.
Alors, jusqu’où ira cette guerre des images et des annonces accusatrices, lorsque les preuves ne sont pas exposées au public ?
Et pourquoi Rabat, comme Abou Dhabi face aux accusations qui les visent, ne répondent-ils pas officiellement à chaque épisode ? Parce qu’une riposte peut aussi donner plus d’écho à l’accusation, la placer au centre du débat et transformer une affirmation non vérifiée en confrontation diplomatique.
Le silence ne prouve rien. Mais, dans cette guerre de récits, il peut être un choix : ne pas entrer dans le scénario de l’autre.
Dans une affaire aussi grave, les mots ne suffisent pas : il faut des preuves. Tant qu’elles ne sont pas exposées et établies, le complot reste une accusation. Et la répéter ne la transformera jamais en vérité.
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