Khalid Haftar au Maroc : derrière cette visite, une partie d’échecs qui dépasse largement la Libye. Pour la comprendre, il faut regarder le Sahel, les Émirats, l’Algerie, la Russie, la Chine… et les intérêts qui font bouger chacun.
Le chef d’état-major des forces de l’Est libyen a rencontré Mohammed Berrid, inspecteur général des Forces armées royales, sur instructions du Roi Mohammed VI. Pour Rabat, ce contact élargit le dialogue avec un commandement qui contrôle l’Est et une grande partie du Sud libyen.
La Libye est une charnière entre la Méditerranée et le Sahel. Elle touche le Niger, le Tchad et le Soudan. Les territoires du camp Haftar accueillent aussi des points d’appui russes pour les opérations en Afrique. Parler avec Haftar, c’est donc parler avec un pouvoir dont la portée dépasse ses frontières.
Les Émirats, partenaires militaires du Maroc et soutiens historiques du camp Haftar, ajoutent une connexion. Cela ne démontre pas une alliance coordonnée. Mais cela ouvre des possibilités de coopération et d’influence.
Rabat avance également vers le Sahel avec son initiative d’accès à l’Atlantique, soutenue par le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Médiation politique, relations militaires, débouchés commerciaux : le Maroc accumule les raisons de compter. C’est ce qui le rend difficile à contourner.
Et l’Algérie ? Les accusations de complot et les polémiques médiatiques ne suffisent pas à expliquer cette carte. Moscou travaille avec Alger, avec Bamako et avec Haftar. Selon Le Monde, la Russie a même encouragé la détente entre le Mali et l’Algérie. Les partenaires des uns peuvent donc être aussi ceux des autres.
La Chine avance notamment par les ressources minières. La France, après son retrait militaire des pays de l’AES, cherche à préserver ses leviers. Les gouvernements africains, eux, diversifient leurs partenaires pour défendre leurs intérêts.
Voilà pourquoi certains mouvements paraissent incompréhensibles lorsqu’on regarde seulement les discours. Sur l’échiquier, les ressources, les routes commerciales, la sécurité et l’influence éclairent souvent les décisions.
Pendant que les polémiques occupent les écrans, les intérêts dessinent la carte et les capitales déplacent leurs pièces. Le Maroc consolide sa position entre l’Afrique, l’Atlantique et la Méditerranée. Sur cet échiquier, la Maroc, incontournable, sait faire en sorte que les autres ne peuvent compter qu’avec lui…