L’état de santé de Kizza Besigye ravive la controverse autour des conditions de son arrestation et place désormais le Kenya face à ses responsabilités. L’opposant ougandais de 70 ans, détenu depuis près de deux ans, a été transféré vendredi soir de sa prison de Kampala vers un hôpital proche de la capitale, dans un état jugé « très faible » par son épouse, Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’Onusida. Il s’agit de sa quatrième hospitalisation depuis son incarcération. Fin juillet déjà, l’ancien médecin personnel du président Yoweri Museveni s’était évanoui en plein tribunal avant d’être admis en soins intensifs.
Figure historique de l’opposition ougandaise après avoir longtemps appartenu au premier cercle du pouvoir, Kizza Besigye avait été enlevé à Nairobi en novembre 2024 avant de réapparaître en Ouganda, où il avait été présenté devant une cour martiale et poursuivi notamment pour « trahison ». La Cour suprême ougandaise avait par la suite ordonné le transfert de son procès devant une juridiction civile. L’affaire avait pris une dimension régionale lorsque, en mai 2025, le ministre kényan des Affaires étrangères, Musalia Mudavadi, avait reconnu que Nairobi avait « coopéré avec les autorités ougandaises » dans cette opération, invoquant « l’intérêt national ».
Cette reconnaissance revient aujourd’hui au centre des accusations portées par les organisations de défense des droits humains. Hussein Khalid, de Vocal Africa, estime que le gouvernement kényan a participé à une « extradition illégale » ayant conduit Besigye « sur son lit de mort ». Une coalition d’organisations kényanes et ougandaises réclame désormais que les responsables de l’opération rendent des comptes et interpelle directement le président William Ruto ainsi que ses ministres des Affaires étrangères et de l’Intérieur. Une manifestation est annoncée jeudi pour exiger leur intervention face à la détérioration de l’état de santé de l’opposant.
Le sort de Kizza Besigye intervient dans un climat politique de plus en plus tendu en Ouganda, où les organisations de défense des droits humains dénoncent un durcissement de la répression contre les opposants, leurs soutiens et certains avocats. L’armée, dirigée par Muhoozi Kainerugaba, fils du président Museveni, occupe une place croissante dans ce dispositif sécuritaire. Après plus de quarante années de pouvoir de Yoweri Museveni, l’affaire Besigye dépasse ainsi le seul cas d’un opposant emprisonné : elle pose désormais la question de la coopération entre États d’Afrique de l’Est dans des opérations visant des dissidents politiques, et de la responsabilité de gouvernements qui acceptent d’y participer.