La polémique autour des réparations liées à l’esclavage a ravivé les tensions entre le Royaume-Uni et les pays des Caraïbes. La Première ministre de la Barbade, Mia Mottley, a vivement dénoncé les propos de la députée britannique Suella Braverman, qui a estimé que les anciennes colonies devraient rembourser Londres pour les investissements réalisés durant la période impériale. « Dire que nous devrions payer le Royaume-Uni pour nous avoir opprimés, réduits en esclavage et traités comme des biens est inacceptable », a déclaré la dirigeante barbadienne, rappelant que le système colonial avait institutionnalisé la réduction d’êtres humains au rang de simples « biens mobiliers ».
À l’origine de cette controverse, un message publié le 3 juillet sur le réseau social X par Suella Braverman, ancienne ministre de l’Intérieur et figure du parti Reform UK. Réagissant aux démarches de la Jamaïque en faveur de réparations, elle a affirmé que « l’Empire britannique a fait tellement de bien dans le monde » et soutenu que, si des compensations devaient être envisagées, les anciennes colonies devraient plutôt indemniser le Royaume-Uni pour les infrastructures, les investissements et les institutions légués par la puissance coloniale.
Ces déclarations interviennent alors que les chefs d’État de la Communauté des Caraïbes (Caricom), réunis cette semaine à Sainte-Lucie, ont une nouvelle fois placé la question des réparations au cœur de leurs discussions. Depuis plusieurs années, les États caribéens réclament aux anciennes puissances coloniales des excuses officielles, des programmes de développement, un allègement de leur dette et une reconnaissance des conséquences économiques et sociales durables de l’esclavage. Figure de proue de ce combat, Mia Mottley avait également présenté, le mois dernier au Ghana, un nouveau manifeste caribéen sur les réparations.
Le Royaume-Uni continue toutefois d’exclure toute indemnisation financière pour son rôle historique dans la traite négrière et la colonisation. Selon les Nations unies, entre 25 et 30 millions d’Africains ont été déportés dans le cadre de la traite transatlantique pour être réduits en esclavage dans les plantations des Caraïbes et des Amériques. Arrivée au pouvoir en 2018, Mia Mottley a fait de la reconnaissance de cet héritage colonial l’un des axes majeurs de son action, conduisant notamment la Barbade à devenir une république en 2021 en rompant ses derniers liens constitutionnels avec la monarchie britannique.