Tanger, carrefour stratégique du continent, accueille cette semaine la 58e session de la Commission économique pour l’Afrique, un rendez-vous qui dépasse de loin le cadre institutionnel pour s’imposer comme l’un des moments clés de l’agenda économique africain. Dans une séquence mondiale marquée par les recompositions géopolitiques et les tensions sur les chaînes de valeur, la tenue de ce sommet au Maroc consacre la montée en puissance du Royaume comme plateforme d’influence et de convergence entre l’Afrique, l’Europe et le reste du monde.
Autour de la table, les profils les plus décisifs du continent sont réunis : ministres des Finances, gouverneurs de banques centrales, décideurs publics et partenaires internationaux, aux côtés d’institutions majeures telles que la Banque africaine de développement, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Cette concentration de pouvoir économique confère à la rencontre une dimension stratégique, où se négocient, en filigrane, les équilibres financiers et les trajectoires de croissance des prochaines années.
Officiellement centré sur l’innovation, les données et les technologies de pointe, le sommet met en lumière des enjeux bien plus profonds. Derrière la rhétorique de la transformation numérique, les États africains cherchent à renforcer leur souveraineté économique face à une dépendance persistante aux financements extérieurs. La question de la dette reste omniprésente, tout comme celle de la capacité du continent à structurer ses propres instruments de financement et à maîtriser les leviers de sa croissance.
L’intelligence artificielle, érigée en moteur potentiel de développement, cristallise à elle seule les tensions de cette nouvelle ère. Entre opportunité de rattrapage technologique et risque d’une marginalisation accrue, les pays africains tentent de définir une position commune pour éviter de devenir de simples marchés captifs des grandes puissances numériques. La bataille des données, de leur production à leur exploitation, s’impose désormais comme un enjeu de souveraineté à part entière.
En accueillant ce sommet à Tanger, le Maroc envoie un signal politique et économique fort. Fort de ses infrastructures, notamment autour du hub portuaire de Tanger Med, et de son ambition continentale, le Royaume entend consolider son rôle de passerelle et d’architecte de nouvelles dynamiques africaines. Plus qu’une conférence, ce rendez-vous illustre une réalité en gestation : celle d’une Afrique qui, à défaut de s’émanciper totalement, cherche désormais à reprendre la main sur les ressorts de sa propre transformation.