La République démocratique du Congo accuse le Rwanda d’avoir causé la mort de plus de 1 500 civils depuis le début du mois de décembre, dans l’est du pays, à la suite d’une nouvelle offensive menée par le groupe armé M23. Une reprise des hostilités d’autant plus grave qu’elle intervient quelques jours seulement après la signature, sous l’égide des États-Unis, d’un accord de paix censé ramener la stabilité dans la région. Pour Kinshasa, les bombardements et l’usage de drones kamikazes témoignent d’une « agression manifeste » menée avec le soutien direct de Kigali.
La prise de la ville stratégique d’Uvira, dans le Sud-Kivu, a marqué un tournant. Située sur un axe clé reliant la RDC au Burundi, elle a provoqué un exode massif de civils fuyant les combats. Selon les autorités congolaises, le Rwanda aurait déployé plusieurs bataillons supplémentaires dans la région, avec pour objectif de progresser vers l’axe de Kalemie, porte d’entrée du Tanganyika. Une avancée qui ferait basculer une partie du cœur minier du pays sous influence rebelle, mettant en péril l’un des piliers économiques de l’État congolais.
Depuis sa résurgence en 2021, le M23 a progressivement étendu son emprise sur de vastes territoires de l’est congolais, avec l’appui présumé du Rwanda, selon Kinshasa et plusieurs rapports internationaux. La reprise des combats le 2 décembre, après six mois d’accalmie, a replongé la région dans une spirale de violences. Bien que le groupe ait annoncé son retrait d’Uvira le 17 décembre, des sources locales assurent que ses combattants restent présents sur le terrain, parfois en civil, entretenant un climat de peur et d’incertitude.
Selon les Nations unies, plus de 80 000 personnes ont fui vers le Burundi, tandis qu’au moins un demi-million de civils ont été déplacés à l’intérieur du Sud-Kivu. Derrière les annonces diplomatiques et les accords salués à l’international, la réalité reste celle d’une guerre larvée, nourrie par les rivalités régionales et la convoitise des ressources minières. Une crise profonde, durable, qui rappelle une fois encore que la paix dans l’est du Congo demeure fragile, précaire et constamment menacée.