Le gouvernement zimbabwéen a validé un projet de réforme constitutionnelle qui pourrait permettre au président Emmerson Mnangagwa de rester au pouvoir jusqu’en 2030, repoussant la fin de son mandat initialement prévue pour 2028. Cette initiative s’inscrit dans la stratégie du parti au pouvoir, le Zanu-PF, qui avait déjà adopté une résolution interne en octobre pour prolonger la présidence du chef de l’État, âgé de 83 ans et surnommé « le Crocodile ». Arrivé au pouvoir en 2017 après la chute de Robert Mugabe, il a été élu en 2018 puis réélu en 2023.
Au-delà de l’allongement potentiel du mandat présidentiel, la réforme propose un changement majeur du mode de désignation du chef de l’État, qui serait désormais élu par le Parlement et non plus au suffrage universel direct. Le texte doit encore être examiné par le Parlement, où le Zanu-PF dispose de la majorité des deux tiers nécessaire pour l’adopter. L’opposition conteste toutefois la procédure, estimant qu’un tel amendement devrait obligatoirement être soumis à un référendum, comme l’exige selon elle la Constitution de 2013 qui avait instauré la limite de deux mandats de cinq ans.
Le projet a déjà suscité de vives critiques dans un pays marqué par des tensions politiques et économiques persistantes. Les opposants dénoncent une tentative de consolidation du pouvoir et pointent la répression des manifestations contre l’« agenda 2030 », ainsi que les difficultés économiques, dont une inflation chronique à trois chiffres entre 2019 et 2024. Dans ce contexte, la réforme constitutionnelle apparaît comme un tournant politique majeur, susceptible de redessiner l’équilibre du pouvoir au Zimbabwe à l’approche de 2028.