Une semaine après l’éboulement survenu le 28 janvier dans les mines artisanales de coltan de Rubaya, dans l’est de la République démocratique du Congo, les familles restent enfermées dans un deuil lourd et silencieux. Au moins 200 creuseurs artisanaux ont péri, ensevelis lors de l’effondrement progressif d’une colline fragilisée par de fortes pluies, à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Goma.
Dans une cour de la ville, des proches de Bosco Nguvumali Kalabosh se sont réunis pour lui rendre hommage. Son frère cadet, Timothée Nzanga, raconte l’attente interminable et les recherches éprouvantes qui ont suivi le drame. Les premières opérations de secours ont permis de dégager les corps les plus accessibles, souvent déjà sans vie. Le corps de son frère, lui, n’a été retrouvé que le lendemain, après un important déploiement de moyens. Au fil des fouilles, d’autres dépouilles, parfois non identifiées, ont été extraites et déposées à l’écart, révélant l’ampleur de la catastrophe.
Chez les survivants, le traumatisme reste vif. Tumaini Munguiko, qui a échappé à l’éboulement, se souvient de la pluie soudaine et de la colline qui s’est effondrée sous leurs yeux. Certains mineurs ont réussi à s’extraire, d’autres ont été engloutis, tandis que des témoins impuissants assistaient à la scène à distance, conscients qu’aucun secours rapide n’était possible.
Les mines de Rubaya comptent parmi les principaux sites d’extraction de coltan, un minerai stratégique indispensable à la fabrication des téléphones, des ordinateurs et de certaines technologies militaires. Elles fourniraient près de 15 % de la production mondiale. Les creuseurs artisanaux y travaillent dans des galeries étroites, sans étayage ni issue de secours, exposés à des risques extrêmes. Un premier glissement de terrain a suffi à provoquer l’affaissement de toute une colline, piégeant des centaines d’hommes.
Depuis 2024, le site est contrôlé par le groupe armé M23, qui a suspendu l’exploitation artisanale après l’accident. Le gouvernement congolais a exprimé sa solidarité avec les familles endeuillées et mis en cause le Rwanda, accusé d’exploitation illégale et dangereuse des ressources naturelles. Kinshasa évoque une économie de guerre alimentée par le pillage du coltan, des accusations rejetées par Kigali, tandis que des experts internationaux estiment que ces ressources servent à financer l’insurrection. Cette tragédie s’inscrit dans une longue série d’accidents meurtriers dans les mines artisanales de la RDC, où la convoitise des minerais stratégiques continue de primer sur la vie humaine.