Relooted : un jeu vidéo imagine la restitution des œuvres africaines

Et si la restitution du patrimoine africain passait d’abord par la fiction ? Dans « Relooted », un jeu vidéo imaginé par le studio sud-africain Nyamakop, les joueurs sont projetés en 2099 dans une mission singulière : infiltrer des musées européens pour récupérer des objets africains conservés hors du continent et les ramener au Musée des civilisations noires de Dakar. Le titre du jeu, qui signifie littéralement « repris », s’inspire directement du débat sur la spoliation culturelle héritée de la période coloniale.

Le scénario suit Nomali, scientifique et athlète, chargée de mener cette opération après la découverte par sa grand-mère, la professeure Grace, que les accords censés organiser la restitution des œuvres n’ont jamais été appliqués. Avec l’aide de son frère Trevor et d’une équipe aux profils variés, hacker, mathématicien ou acrobate, la mission consiste à résoudre des énigmes et à pénétrer dans les institutions muséales sans recourir à la violence. L’objectif : récupérer soixante-dix artefacts et les rendre symboliquement au continent africain.

Les objets évoqués dans le jeu ne sont pas fictifs. Parmi eux figurent les bronzes du Bénin, des sculptures camerounaises, un tombeau sacré du Kenya ou encore l’Homme de Broken Hill, un crâne découvert en Zambie et conservé aujourd’hui au Muséum d’histoire naturelle de Londres. Pour Ben Myres, dirigeant de Nyamakop, le projet se veut avant tout un outil de sensibilisation à l’histoire et à l’ampleur du pillage culturel subi par l’Afrique au cours de la période coloniale.

La sortie de « Relooted » intervient dans un contexte où la question des restitutions reste largement débattue. Selon certaines estimations, entre 85 % et 90 % du patrimoine culturel africain se trouverait encore hors du continent. En France, environ 150 000 objets africains seraient conservés dans les collections publiques, tandis que des pièces emblématiques comme les bronzes du royaume du Benin sont dispersées dans des dizaines de musées à travers le monde. Dans ce paysage où les restitutions progressent lentement, le jeu vidéo s’impose comme un nouveau moyen de raconter cette histoire et d’alimenter le débat.

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