Sur un continent où l’âge médian tourne autour de 19 ans, certains bureaux présidentiels semblent figés depuis plus de quarante ans. Paul Biya au Cameroun (44 ans au pouvoir), Teodoro Obiang Nguema en Guinée équatoriale (47 ans), Yoweri Museveni en Ouganda (40 ans) : ces chiffres dépassent l’entendement quand on les confronte à la vitalité et aux aspirations d’une jeunesse massive. Les constitutions ont été réécrites, les institutions verrouillées, et l’opposition affaiblie pour prolonger ces règnes. Jusqu’où un pouvoir peut-il s’éterniser ?
Même des présidents plus récents comme Bola Tinubu, 73 ans, rappellent cette dissonance. Sa chute lors d’une cérémonie officielle à Ankara est un symbole, un rappel visuel que la longévité physique et politique des dirigeants coexiste avec un continent en pleine jeunesse. Ce n’est pas un simple incident protocolaire : c’est l’illustration concrète d’un leadership vieillissant qui continue de décider de l’avenir d’une population majoritairement jeune.
Ce phénomène ne s’explique pas seulement par l’âge ou la santé des dirigeants. Peur de perdre l’immunité, contrôle des forces de sécurité, faiblesse des contre-pouvoirs, culture du « président-père de la nation » : tous ces facteurs maintiennent au pouvoir des leaders longtemps après que leur mandat aurait dû s’achever. La conséquence est claire : une génération entière d’Africains vit sous des gouvernements qui n’ont pas été façonnés par eux, et dont la vision peut sembler déconnectée des réalités contemporaines.
Si l’Afrique veut réellement préparer son avenir, elle devra répondre à ce paradoxe : comment concilier la longévité des régimes avec le dynamisme et les aspirations d’une jeunesse qui représente plus de la moitié de la population ? Le débat dépasse le simple renouvellement de présidents : il touche à la démocratie, à l’équité générationnelle et à la capacité des systèmes politiques à se réinventer.