Dans le jeu feutré des nominations onusiennes, le choix n’est jamais anodin. Lundi, Antonio Guterres a appelé un visage familier des crises africaines pour prendre provisoirement les rênes du Bureau régional des Nations unies pour l’Afrique centrale. Le Gabonais Parfait Onanga-Anyanga succède, le temps d’un intérim, au Nigérien Abdou Abarry arrivé au terme de son mandat après trois années passées à Libreville. Une transition sans rupture apparente, mais qui place à la tête de l’UNOCA un diplomate rompu aux théâtres politiques les plus complexes du continent, en attendant une confirmation définitive ou la désignation d’un nouveau titulaire.
Son parcours ressemble à une cartographie des zones de tension où l’ONU a dû négocier, stabiliser ou reconstruire. Entré dans le système onusien il y a près de trois décennies après une carrière au ministère gabonais des Affaires étrangères, Onanga-Anyanga a dirigé la mission en Centrafrique, piloté le Bureau pour la Corne de l’Afrique depuis Nairobi et représenté le secrétaire général auprès de l’Union africaine à Addis-Abeba ces quatre dernières années. Entre-temps, il a été au cœur de la réponse internationale face à Boko Haram et a conduit la mission au Burundi dans une période de fortes crispations politiques, autant d’expériences qui ont façonné sa réputation d’« homme des missions difficiles ».
À la tête de l’UNOCA, il devra suivre les équilibres fragiles de onze États d’Afrique centrale, de la RDC à la Centrafrique, dans une région où les questions sécuritaires, électorales et humanitaires s’entrecroisent. Reste une inconnue logistique qui dit aussi quelque chose de la transition en cours : son ancrage quotidien, entre Libreville où se trouve le siège du bureau et Addis-Abeba, centre névralgique de sa précédente fonction auprès de l’Union africaine. En attendant la décision finale de New York, l’ONU s’appuie sur un profil expérimenté pour maintenir la continuité dans l’une de ses zones d’observation politique les plus sensibles du continent.