Un rapport récent présenté au Conseil de sécurité de l’ONU souligne une consolidation territoriale accrue des affiliés du groupe État islamique (ISWAP) dans plusieurs zones frontalières d’Afrique de l’Ouest et du bassin du lac Tchad. Le document met en garde contre une menace qui devient « multipolaire et technologiquement plus sophistiquée », avec une multiplication des raids et des attaques dans des États déjà fragilisés par des crises sécuritaires prolongées.
Dans le Sahel central — particulièrement au Burkina Faso, au Mali et au Niger — ISWAP a intensifié ses opérations, exploitant des zones où l’État reste absent et où les populations civiles sont exposées à l’extorsion, aux attaques de villages et à des enlèvements. La même dynamique se retrouve autour du bassin du lac Tchad, où les cellules de l’État islamique au Grand Sahara et d’ISWAP opèrent désormais de façon plus coordonnée, multipliant les incursions transfrontalières.
Plus préoccupant encore, le rapport relève une utilisation accrue de technologies modernes, notamment des drones aériens montés à partir de composants du commerce, pour améliorer les capacités de surveillance et d’attaque de ces groupements armés. Cette évolution n’est pas seulement tactique : elle révèle une capacité à adapter des moyens de combat avancés aux réalités opérationnelles sahéliennes.
Cet accroissement de la menace pousse plusieurs gouvernements de la région à renforcer leurs mécanismes de coopération sécuritaire. Le Mécanisme intégré de stabilité des frontières, qui regroupe huit pays ouest-africains, est activé pour mieux coordonner les réponses frontalières. Les intentions sont claires : il ne s’agit plus uniquement de contenir des poches d’insurrection, mais de répondre à une dynamique qui fragilise directement la sécurité, les droits humains et le développement régional.
Face à la montée d’une menace jihadiste technologiquement adaptative et transfrontalière, les États d’Afrique de l’Ouest sauront-ils articuler une réponse régionale cohérente et robuste, ou l’absence d’un dispositif intégré prolongera-t-elle l’instabilité et l’insécurité pour les populations civiles ?