Le Sénégal fait face à une pression financière intense : sa dette publique a dépassé 100 % du PIB, et les marchés internationaux restent largement fermés aux émissions souveraines africaines sans soutien substantiel d’institutions internationales. Dans ce contexte, une opération surprenante sur le marché régional obligataire attire l’attention des acteurs économiques.
Depuis début 2026, environ un tiers des achats de la dette régionale libellée en francs CFA du Sénégal émis pour 2025 a été réalisé par des acteurs financiers basés au Togo, un investisseur jusque-là inédit dans ce rôle. Les estimations placent ces achats à près de 170 milliards CFA (~900 M$), une participation significative qui aurait contribué à stabiliser les finances sénégalaises à un moment critique.
Le mystère reste entier sur l’identité exacte de cette “grosse baleine” financière togolaise — certains observateurs évoquent des institutions comme la Banque ouest-africaine de développement ou des banques commerciales régionales, mais aucune confirmation officielle n’a encore été apportée.
Ce phénomène illustre une réorientation du financement souverain en Afrique vers des marchés intérieurs et régionaux, en particulier dans les espaces monétaires partagés (comme la CEDEAO et l’UEMOA). Il met aussi en lumière la dépendance croissante de certains États africains à l’égard de ces marchés, faute d’accès stable aux marchés internationaux.
Cette dynamique inédite de financement régional est-elle un signal d’une nouvelle architecture de dette africaine plus résiliente, ou cache-t-elle une fragilisation structurelle des États qui deviennent dépendants d’investisseurs non-traditionnels dont les motivations et la pérennité restent opaques ?