Au port d’Alicante, tout semblait suivre le cours habituel des départs vers l’Algérie jusqu’à ce que des plaques provisoires trop nombreuses attirent l’attention. Des voitures dérobées au Maroc, discrètement transférées en Europe, puis « blanchies » sur le plan administratif avant d’être réexpédiées avec des dossiers en apparence irréprochables. L’intervention de la Garde civile espagnole a stoppé le convoi juste avant l’embarquement, saisi sept véhicules et mis au jour un atelier de falsification documentaire où fausses factures et certificats d’origine transformaient des voitures volées en marchandises légales.
L’enquête, ouverte en novembre, a révélé une mécanique transfrontalière précise. Une fois introduits sur le sol européen, les véhicules changeaient d’identité grâce à des papiers falsifiés qui leur donnaient une origine communautaire fictive. Cette « européanisation » administrative permettait de franchir les contrôles douaniers sans alerte. Six personnes âgées de 32 à 45 ans ont été arrêtées pour falsification de documents officiels, tandis que les voitures, placées sous séquestre judiciaire, doivent être restituées à leurs propriétaires au terme des procédures.
Ce circuit rappelle un précédent récent : celui des smartphones volés au Royaume-Uni et retrouvés sur des marchés algériens, révélant la même logique logistique entre l’Europe et le Maghreb. Là aussi, la marchandise passait par une chaîne d’intermédiaires avant d’atteindre sa destination finale, portée par une forte demande et les coûts élevés des importations officielles. Qu’il s’agisse de téléphones ou de véhicules, ces affaires dessinent une géographie parallèle du commerce illicite où ports, frontières et documents deviennent les maillons d’un marché clandestin désormais sous surveillance accrue.