Ghana : Ebo Taylor, légende du highlife, s’éteint à 90 ans

Le Ghana a perdu l’une de ses voix musicales les plus influentes. Ebo Taylor, figure fondatrice du highlife et architecte d’un son qui a façonné la musique populaire d’Afrique de l’Ouest, est décédé le 7 février à l’âge de 90 ans. Sa disparition est survenue au lendemain du lancement du festival portant son nom à Accra, un symbole fort pour un artiste dont la carrière s’est confondue avec l’histoire culturelle du pays. Compositeur, guitariste, arrangeur et chef d’orchestre, il a traversé plus de six décennies de création musicale.

Dès la fin des années 1950, Taylor s’impose comme l’un des artisans du highlife moderne, un genre mêlant traditions africaines, jazz, soul et influences caribéennes. Né en 1936 à Cape Coast, dans un Ghana encore sous domination britannique, il s’initie très jeune à la musique avant de se tourner vers la guitare, instrument qui fera sa signature. Dans les années 1960, ses études musicales à Londres et ses rencontres avec d’autres artistes africains, dont Fela Kuti, nourrissent une approche novatrice qui contribuera plus tard à l’émergence de l’afrobeat.

De retour au Ghana, il fonde plusieurs formations emblématiques, dont les Stargazers, le Broadway Dance Band et le New Broadway Dance Band. Ses arrangements complexes de cuivres et ses lignes de guitare sophistiquées marquent une génération de musiciens et influencent durablement la scène africaine. Ses œuvres, comme Love & Death ou Heaven, connaîtront une seconde vie à l’international grâce aux rééditions et aux samples utilisés dans le hip-hop, le jazz et la soul, propulsant son héritage au-delà des frontières africaines.

Le highlife, auquel il a donné ses lettres de noblesse, a été inscrit en décembre 2025 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, consacrant son importance historique. Taylor, souvent surnommé « Oncle Ebo » par ses admirateurs et ses pairs, était reconnu comme un mentor pour de nombreux artistes. Les hommages se multiplient depuis l’annonce de sa disparition, de musiciens ghanéens aux collectifs internationaux, saluant son rôle de pionnier et son influence sur la musique contemporaine.

Avec la mort d’Ebo Taylor, c’est une page majeure de la musique africaine qui se tourne. Son parcours, de la Côte de Cape Coast aux scènes internationales, illustre la trajectoire d’un créateur qui a su lier tradition et modernité, tout en inscrivant le highlife dans l’histoire mondiale des musiques populaires.

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