Dans une sortie médiatique pour le moins surprenante, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a tenté d’offrir une lecture nouvelle à la déconvenue diplomatique subie par Alger à la suite de l’adoption de la dernière résolution du Conseil de sécurité sur le Sahara marocain. Entre explications techniques obscures pour justifier l’abstention de son pays et déclarations selon lesquelles l’Algérie serait « pour l’autonomie mais pas pour la souvereté marocaine », le discours du chef de la diplomatie a donné l’impression d’un exercice périlleux : réinterpréter le droit international à travers un prisme politique domestique.
Car une question demeure : comment soutenir un principe d’autonomie tout en rejetant la souveraineté qui en constitue le fondement juridique ? Loin d’être un simple dérapage, les propos d’Attaf traduisent une ligne politique confuse, érigée en stratégie de communication destinée avant tout à rassurer une opinion publique déboussolée face à l’isolement croissant du pays sur cette question.
Ce paradoxe diplomatique s’inscrit dans un contexte plus large. Au terme de cinq décennies d’investissements colossaux dans un dossier étranger au peuple algérien, le régime militaire se retrouve face au miroir de sa propre impasse. La dernière résolution du Conseil de sécurité n’est pas seulement un document onusien supplémentaire : elle acte l’échec d’un narratif géopolitique qui faisait de l’hostilité envers le Maroc le socle de la légitimité interne.
Dès lors, la sortie d’Attaf ressemble davantage à un geste défensif qu’à une affirmation souveraine. Le ministre tente de concilier deux registres inconciliables : feindre l’ouverture tout en continuant à marteler les slogans d’un autre âge. Mais cette posture ne convainc plus. Ni sur la scène internationale, où les positions se cristallisent en faveur d’un règlement réaliste, ni au sein d’une société algérienne confrontée à une réalité économique et sociale préoccupante.
Dans un pays où les institutions s’effritent et où les attentes sociales se multiplient, de plus en plus de citoyens s’interrogent : combien d’hôpitaux, d’universités et de projets productifs auraient pu être financés avec les ressources englouties dans une bataille diplomatique aujourd’hui perdue ? Combien de temps encore cette rhétorique pourra-t-elle masquer l’essentiel : l’urgence d’un projet national tourné vers l’avenir et non vers une rivalité stérile ?
L’Algérie se retrouve désormais face à un choix historique : reconnaître l’impasse d’une politique qui l’a isolée, ou persister dans une confrontation qui n’a plus ni sens ni soutien. Se rapprocher du Maroc ne relèverait alors plus d’un choix stratégique, mais d’une nécessité historique. Encore faudra-t-il avoir le courage politique de le dire. Car, malgré la mise en scène maîtrisée d’Ahmed Attaf, la dernière danse d’un système en quête d’issue semble bel et bien avoir commencé.