Déchets européens en Tunisie : recyclage stratégique

L’image intrigue et dérange : au moment où l’Europe durcit ses règles environnementales, la Tunisie officialise des procédures pour importer certains déchets issus de l’Union. Derrière la formule, le ministère de l’Environnement parle d’un mécanisme encadré et coordonné avec le Commerce, l’Industrie et l’UTICA pour identifier précisément les flux autorisés et dialoguer avec Bruxelles. Objectif affiché : transformer ces matières en ressources industrielles. Ligne rouge, martelée par les autorités : les déchets dangereux restent interdits, sauf autorisation exceptionnelle et concertée entre les ministères concernés.

Pour les spécialistes du secteur, la nouveauté est moins dans la pratique que dans le contexte. Le pays importe depuis longtemps du papier ou certains caoutchoucs destinés au recyclage ou à la valorisation énergétique. Mais les règles européennes, désormais plus strictes, exigent une demande officielle de l’État et la preuve que les entreprises tunisiennes disposent des capacités techniques pour réintégrer ces matériaux dans le circuit économique. Autrement dit, chaque cargaison devient un test de crédibilité industrielle autant qu’un dossier administratif.

La relation n’est d’ailleurs pas à sens unique : la Tunisie exporte elle aussi vers l’Europe des déchets et débris de métaux non ferreux dans un cadre soumis aux conventions internationales, garanties bancaires à l’appui. Entre impératif écologique, opportunité économique et mémoire encore vive des scandales liés aux déchets étrangers, le pays avance sur une ligne étroite où chaque conteneur pose la même question : simple matière à recycler ou symbole d’une responsabilité nationale à assumer ?

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