Au Sénégal, le tandem formé par le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko traverse sa première véritable zone de turbulence politique. À peine quelques mois après leur arrivée au pouvoir, les deux figures de la coalition « Diomaye Président » semblent désormais engagées dans une lutte d’influence pour le contrôle de l’alliance qui les avait unis pendant la campagne présidentielle de 2024.
Mardi soir, le chef de l’État a surpris la classe politique en annonçant la démission d’Aïssatou Mbodj, jusque-là coordinatrice nationale de la coalition et proche d’Ousmane Sonko. Elle sera remplacée par Aminata Touré, conseillère spéciale du président et ancienne directrice de sa campagne électorale. Ce changement, présenté comme une « décision de cohérence et de relance du mouvement », marque un tournant dans la gouvernance du duo exécutif. Il intervient surtout à rebours des propos tenus par Ousmane Sonko le 8 novembre, qui affirmait qu’« aucun changement n’était prévu » à la tête de la coalition.
La réaction du Premier ministre n’a pas tardé. Quelques heures après l’annonce présidentielle, Ousmane Sonko a convoqué une réunion d’urgence du bureau politique de son parti, le PASTEF. Dans un communiqué au ton ferme, le parti a contesté la légitimité de la décision de Bassirou Diomaye Faye, estimant que « le président de la République n’a ni statut ni mandat pour révoquer un membre de la coalition, dont il n’est pas le président ». Cette mise au point révèle la profondeur du désaccord et ravive les interrogations sur l’équilibre des pouvoirs au sein du duo au sommet de l’État.
Cette crise interne illustre les tensions latentes entre la logique institutionnelle du pouvoir présidentiel et l’esprit militant qui anime encore le mouvement de Sonko. Ce dernier, très populaire auprès des jeunes et des franges contestataires, redoute une marginalisation progressive au profit du cercle présidentiel. À l’inverse, Bassirou Diomaye Faye semble vouloir affirmer son autorité et transformer la coalition électorale en véritable instrument de gouvernance. Entre ambition politique, fidélités concurrentes et stratégies d’avenir, le tandem qui incarnait l’espoir d’un renouveau politique sénégalais pourrait bien voir sa relation s’effriter plus vite que prévu.