« Couper les réseaux sociaux pour protéger l’État ? » : l’opposant Alain-Claude Bilie-By-Nze porte plainte

Depuis plus de deux semaines, le Gabon vit presque déconnecté. Facebook, TikTok, Instagram et YouTube restent inaccessibles, WhatsApp fonctionne au ralenti, et la Haute autorité de la communication (HAC) maintient la suspension, invoquant la protection de « la stabilité des institutions et de la sécurité nationale ». Face à cette coupure inédite par son ampleur et sa durée, plusieurs citoyens, dont l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, ont saisi la justice pour contester ce qu’ils qualifient de « punition collective ».

L’opposant dénonce une mesure « disproportionnée » et inédite dans le pays, soulignant que rien n’autorise la HAC ou le gouvernement à fermer l’ensemble des réseaux sociaux sans identification des responsables des infractions. D’autres citoyens ont également déposé un recours auprès de la Cour constitutionnelle, qualifiant la suspension de « liberticide » et regrettant que les mesures ciblées n’aient pas été privilégiées, alors que le président Brice Clotaire Oligui Nguema doit faire face à une reprise de mouvements sociaux et à une grève des enseignants encore récente.

Malgré la fermeture officielle, les Gabonais contournent la censure grâce aux VPN, qui connaissent une explosion de téléchargements depuis le 18 février. La HAC affirme travailler à « une exécution totale de la décision, y compris contre les VPN », et multiplie les discussions avec Meta et TikTok pour « mieux réguler les contenus ». Parallèlement, le gouvernement prépare une ordonnance visant à encadrer l’usage des réseaux sociaux et à mettre en place des mécanismes de réponse rapide face aux communications jugées à risque.

Pour certains experts, comme le chercheur en communication Fabrice Lollia, cette stratégie pourrait se retourner contre ses instigateurs. En limitant la circulation des informations, la suspension prolongée risque d’alimenter la désinformation, la méfiance et les rumeurs, accentuant paradoxalement les fragilités que le gouvernement entendait combattre. Dans ce bras de fer entre contrôle étatique et liberté numérique, l’issue judiciaire des recours déposés pourrait fixer un précédent déterminant pour le Gabon.

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