Cartographier l’Afrique pour mieux la gouverner : l’ambition de Map Africa

Des inondations suivies en temps réel, des réseaux routiers cartographiés à la précision du centimètre, des villes, terres agricoles et infrastructures visibles à mesure qu’elles évoluent : l’Afrique pourrait bientôt disposer d’une cartographie dynamique à l’échelle continentale. C’est l’ambition du projet Map Africa, un partenariat porté par le groupe émirati Space42, en collaboration avec Esri et Microsoft. L’initiative vise à doter les 54 pays africains d’une base cartographique vivante, conçue pour soutenir la planification urbaine, l’agriculture, la résilience climatique et la gestion des territoires.

Aujourd’hui, la cartographie du continent reste fragmentée. Des initiatives locales et humanitaires — comme Missing Maps ou Ramani Huria — ont permis de combler certains vides, tandis que des projets scientifiques tels qu’AfriPop ont amélioré la connaissance démographique. Mais ces efforts restent dispersés, souvent incompatibles entre eux et limités dans le temps. Selon Space42, l’enjeu n’est plus technologique, mais structurel : harmoniser les données, renforcer leur fiabilité et bâtir un cadre continental capable de soutenir la prise de décision publique.

Le projet repose sur une combinaison de technologies de pointe. Les satellites d’observation fournissent des images à très haute résolution, ensuite analysées par des systèmes d’intelligence artificielle pour produire des couches de données exploitables : routes, bâtiments, reliefs, réseaux ou encore zones agricoles. Space42 apporte l’imagerie et l’infrastructure technologique, Esri fournit les outils de cartographie et de visualisation, tandis que Microsoft assure l’hébergement sécurisé via sa plateforme cloud Azure. Les données seront mises à disposition des États, mais aussi du secteur privé, dans une logique de durabilité économique et d’innovation locale.

L’initiative prévoit également la création de « centres d’excellence » dans plusieurs pays africains. Ces pôles auront pour mission de former des experts locaux, d’assurer la mise à jour des données et de favoriser la recherche appliquée. Pour des acteurs comme Yaw Nyarko, économiste à l’université de New York à Abou Dhabi, l’enjeu est majeur : ces outils peuvent générer de nouveaux emplois, renforcer la planification territoriale et soutenir les économies nationales. « Les cartes vivantes permettent de comprendre le présent et d’anticiper l’avenir », souligne-t-il.

Signé officiellement le 29 juillet 2025, le partenariat prévoit une phase pilote de deux ans avant une montée en puissance progressive, avec un objectif de couverture complète du continent à l’horizon 2030. Les secteurs prioritaires incluent l’urbanisme, l’agriculture, la logistique, la gestion des risques climatiques et la sécurité. À travers Map Africa, les Émirats arabes unis renforcent par ailleurs leur présence technologique sur le continent, s’inscrivant dans une stratégie plus large d’investissements en Afrique. Une transformation silencieuse, mais potentiellement décisive, dans la manière dont le continent se voit, se planifie et se gouverne.

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